Vivre en camping-car révèle nos « vrais » besoins


Développement personnel / mercredi, décembre 5th, 2018

Depuis le printemps 2018, nous possédons un petit camping-car, acheté d’occasion chez un concessionnaire de la région. Le confort d’une « vraie » maison roulante, avec sanitaires (toilettes et douche) et coin cuisine, mais un espace de vie de seulement 10 mètres carrés dans lequel nous vivons à quatre pendant les vacances, ou en période scolaire quand nous avons des locataires Airbnb chez nous.

Cet été, tandis que mari et enfants allaient et venaient, j’ai passé un mois entier dans notre camion. Et j’ai littéralement adoré, autant la liberté de pouvoir me rendre à peu près n’importe où sans réserver ni train ni hôtel, que le fait de vivre dans un petit espace avec le strict nécessaire, quelques vêtements, livres, CD, épicerie et produits d’hygiène. Cerise sur le gâteau, moins de  tâches ménagères : plus c’est petit, moins il y a à faire…

Les contraintes techniques de la vie nomade

D’autant que la vie nomade est quasi-entièrement tournée vers l’extérieur, surtout dépourvue d’écran et d’internet. A fortiori, cette vie est plus agréable quand les températures sont supérieures à 15/20°, ce qui n’est pas vraiment le cas en ce moment… Aux basses températures s’ajoutent les contraintes inhérentes au camping-car, actuellement décuplées du fait de notre occupation hivernale intensive et en ville : celles de ne pas être raccordés au tout-à-l’égout, à l’eau et à l’électricité.

Exemple : parce que nous ne roulons pas énormément, que nous ne nous branchons que rarement sur secteur et que nous chauffons un minimum la « cellule » (la cabine), notre batterie a tôt fait de donner des signes de faiblesse – et c’est ce qui vient de se passer. Qui dit batterie à plat, dit ni eau, ni électricité, ni chauffage. Or, recharger ses batteries quand on vit en appartement, occupé de surcroît, n’est pas évident.

Au volant de notre camion – Printemps 2018 (Photo MH)

Identifier nos vrais besoins matériels et humains

J’en viens au message du jour : alors que nous nous trouvions dans une situation inconfortable, tant technique que psychologique, nous avons pris acte de cette sortie de notre zone de confort. Nous avons accepté la nécessité de demander de l’aide autour de nous et j’ai lâché prise quant au fait de travailler efficacement (ou pas) pendant quelques jours.

Cette situation met en lumière (à nouveau) deux réalités :

  1. Nos vrais besoins matériels sont basiques : de l’eau, un point de feu pour faire la cuisine, un lit confortable et une source de chaleur. Ces « vrais » besoins identifiés, nous devenons plus à même de profiter à fond du confort de notre appartement, dont on ne se rend parfois même plus compte, du confort d’avoir à disposition une machine à laver, de multiples ustensiles de cuisine, des toilettes avec chasse d’eau, qu’il n’est pas nécessaire de vider, un mouchoir sur le nez, tous les trois jours, des chambres individuelles pour les enfants, etc.
  2. Nos vrais besoins humains, en revanche, sont immenses : savoir se parler, se respecter, apprécier de passer du temps ensemble est indispensable quand on vit dans un tout petit espace à plusieurs. Il n’est pas rare que les enfants se chamaillent : impossible de les séparer, il faut leur apprendre à communiquer, à comprendre et amadouer leur colère ou leur honte, à canaliser leur excitation au moment du coucher et accepter quant à nous de nous caler sur leur rythme, remettant à plus tard les moments d’intimité entre adultes.
    Besoin de l’entourage, aussi. Nous sommes si reconnaissants à nos amis de nous proposer leur aide, de nous accueillir avec un branchement électrique, une douche chaude, des repas partagés, un espace de jeu pour les enfants, le wifi et j’en passe, reconnaissants à la famille aussi, qui nous permet ponctuellement de remplir le réservoir d’eau ou de vider la cassette (le saut à caca) sans passer par la case camping.
Le lit des adultes (Photo MH)

Dans notre société contemporaine, ces besoins sont proportionnellement inversés. Nous nous gavons de biens matériels et réduisons nos rapports humains aux stricts domaines du travail ou des loisirs. L’entraide se pratique parfois en famille, et encore. La preuve, si Marc et moi rendons service avec plaisir aux rares personnes qui nous le demandent, et quand nous le pouvons, nous sommes encore assez (voire très) réticents à demander de l’aide.

L’entraide nous permet d’expérimenter de nouveaux modes de vie

Gêne ou pudeur ? Peur de déranger ? D’ « abuser » ? Plus jeunes, nous avons été dissuadés, consciemment ou non, de nous montrer vulnérables ou incapables de faire face seuls aux challenges de la vie quotidienne. Notre éducation, à la maison et plus encore à l’école, basée sur la compétition et la réussite individuelle, ne nous a pas transmis les bienfaits de l’entraide.

Il est encore temps de faire cet apprentissage. Car identifier ces blocages et ces croyances limitantes m’apparaît aujourd’hui comme un axe prioritaire de développement personnel. C’est à ce prix que nous pouvons, que je peux, expérimenter de nouveaux modes de vie. Une vie plus riche et plus belle, où j’accepte cette interdépendance, sans m’en sentir rabaissée. Bien au contraire, en m’en sentant beaucoup plus forte.

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