Renoncer : le douloureux apprentissage de la marche arrière


Mon chemin de vie / samedi, juillet 13th, 2019

En balade, je ne fais que des boucles. Je ne reviens jamais sur mes pas. En amour, quand c’est fini, c’est définitif. Dans le travail, quand l’envie n’est plus là, je ne me fais pas violence très longtemps. Dans ma vie, les changements de programmes sont légion, mais la marche arrière n’a pas sa place.

L’image d’une femme solide et indépendante

Mes choix m’ont amenée jusqu’à cet instant. Pas « ces dernières années » ou « ces derniers mois ». Toute ma vie. Un après l’autre, j’ai pris des engagements, conscients ou non, vis à vis de ma famille, de mes collègues, de mes enfants, mais surtout de moi-même. A tout le moins, des engagements vis à vis de mon ego, de l’image que j’ai de moi, de celle que je veux donner à l’extérieur. Celle d’une femme indépendante, créative, intelligente, solide.

Petit à petit, cette image, cette construction personnelle, s’est effritée à mes propres yeux. Peut-être n’a-t-elle jamais été réellement crédible aux yeux des « autres », mais cela importe peu dans ma réflexion du jour… Car c’est bien de mon regard sur moi-même dont il s’agit, dont il a toujours été question au fond. Aujourd’hui, choix après choix, achat après achat, crédit auto après crédit immo, arrêt des allocations chômage, formation coûteuse, déplacements réguliers, vacances, livres et conso bio… Je dois commencer à renoncer.

Assurer ses vraies priorités

La formation d’un mois en yoga ? Pas pour tout de suite. La poursuite de tel ou tel cursus de formation ? Un jour, peut-être. Si c’est vraiment pertinent, si mes priorités sont assurées par ailleurs.

Cette situation financière tendue, plus tendue que ce que je peux nerveusement supporter sereinement, et ce depuis de trop longs mois, m’oblige à regarder ces priorités en face. Qu’est-ce qui est vraiment important à mes yeux ? Assurer un train de dépenses et prendre un travail salarié ? Réduire les charges et persévérer dans la voie entrepreneuriale, dans l’écriture ? Permettre aux enfants de rester dans leur école, à proximité de leur père, ou déménager dans un secteur plus abordable ?

Après onze ans à m’occuper de nos enfants tout en travaillant à temps partiel (50, 60, 80%…) voire pas du tout en fonction des périodes, j’accuse le coup. Certes, pendant toutes ces années, j’ai « progressé », au sens où je me connais mieux, je sais ce qui me fais du bien, j’accepte désormais ma condition de touche-à-tout, de tête chercheuse. Certes encore, je passe du temps avec mes enfants, qui vivent ce que je crois être une belle enfance, très entourée, choyée.

Renoncer à la mobilité sans contrainte

Mais assurer cette présence, continuer à me « nourrir » intellectuellement, avancer professionnellement et gagner suffisamment d’argent pour vivre là où l’on a choisi de vivre et faire ce qu’on a envie de faire (je ne parle même pas de posséder quoi que ce soit), c’est la quadrature du cercle.

Au menu du jour, donc : apprendre à renoncer. Renoncer à certaines aventures personnelles, comme Sivananda, mais également à certains biens, lourds de promesses mais également de charges, comme le camping-car. Renoncer aussi à une certaine idée de la liberté, celle de la mobilité sans contrainte. Même si nous ne prenons plus l’avion depuis 4-5 ans, le prix du diesel à la pompe aux quatre coins de la France n’a pas de secret pour nous. Insoutenable, dans tous les sens du terme.

Reprendre ses finances en mains, ne plus dépendre de l’extérieur, parfois bienveillant, parfois non, adapter son modèle économique à ses aspirations les plus profondes, à ne pas confondre avec ses habitudes (dissocier les deux est très difficile pour tout le monde !), downsizer encore et toujours, sans avoir l’impression de dégringoler l’échelle sociale, autant de défis auxquels je m’attaque, auxquels nous nous attaquons en famille, avec la conviction que tout cela peut se faire dans la joie et l’enthousiasme, pas dans la honte et les pleurs. Même si la honte et les pleurs ont pris le dessus ces derniers temps.

L’impossible équilibre ?

Ces considérations pourront vous paraître trop intimes (parler du manque d’argent n’est ni glamour ni culturellement tout à fait admis), mais j’ose espérer que les rendre publiques permettra à certaines d’appréhender sous un autre angle ces moments compliqués, par lesquels je nous sais nombreuses à passer. Qui ne s’est jamais fait de nœuds au ventre à cause d’un découvert, ponctuel ou chronique, à la banque ? Qui connaît la clé de l’équilibre vie familiale-vie pro ? Qui parvient à gagner de l’argent, faire ce pour quoi il ou elle est fait.e, tout en étant présent.e pour ses rejetons ? Pas moi, je l’avoue. Mais j’y travaille… activement !

A écouter : « Du pain et des roses », Un podcast à soi (16), ARTE Radio, Charlotte Bienaimé.

9 réponses à « Renoncer : le douloureux apprentissage de la marche arrière »

  1. De tout coeur avec vous, je vous comprends, confiance, vous avez les clefs pour y arriver, lentement, mais sûrement. A bientôt de meilleures nouvelles @+ une lectrice assidue

  2. Compliqué tout ça …
    Les marches arrières, les renoncements, je connais …
    J’essaye de faire avec en attendant un changement de vie pour dans quelques mois, qui ne dépend pas que de moi …
    A bientôt !

    1. Paradoxalement, je suis heureuse et reconnaissante envers moi-même de (me) faire passer par ces phases… Elles permettent de se recentrer, de (re)mettre son énergie là où ça compte vraiment, de s’alléger de croyances et de matériel. Ce n’est pas inné, je crois que ça se travaille et que ça devient peut-être plus facile à mesure que l’on se rend compte que c’est nous qui créons les conditions de ce « jeu ». Tu me raconteras tes aventures ! Bisous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *