Quelles différences entre un « jeûne santé » et une grève de la faim ?


Naturopathie / mardi, novembre 13th, 2018

Après trois semaines de grève de la faim, six militants anti-GCO se sont déshabillés face aux caméras, à Strasbourg, pour montrer leurs côtes saillantes, leurs ventres creusés et leurs visages amaigris. Objectif : prouver que leur grève est réelle et non « tournante » ou simulée, comme des promoteurs de ce projet d’autoroute l’auraient laissé entendre. Ces images ont enfin propulsé ce combat sur la scène médiatique nationale ; une mince consolation pour ceux qui s’investissent depuis 15 ans contre la construction de cette infrastructure, mais aussi pour les proches des grévistes, très inquiets, à juste titre.

Jeûne santé : gagner en bien-être et en estime de soi

Se joue ici, pour la naturopathe que je suis, un douloureux paradoxe. D’une part, je promeus activement auprès de mes consultants le jeûne de trois à six jours, annuel, voire bisannuel au changement de saison ; mon expérience et mes lectures me portant à croire qu’avec un accompagnement adapté et les informations adéquates, la majorité des gens gagne en confort, en santé et en estime d’eux-mêmes grâce à ce type de diète [contre-indications en bas d’article*]. Ainsi, le jeûne permet de rééquilibrer les fonctions du corps et d’apaiser nombre de maladies de civilisation dues au trop-plein : hypertension artérielle, diabète de type II, obésité, rhumatismes, allergies, addictions, etc.

Convaincue des bienfaits d’un jeûne bien mené, je ne peux que déplorer en revanche les effets potentiellement délétères d’un jeûne vécu dans les conditions matérielles et psychologiques inhérentes au combat politique, et encore moins au-delà de 20 à 30 jours. C’est de ces différences fondamentales entre un jeûne santé, si positif, et une privation volontaire de nourriture à visée revendicative, dangereuse pour la santé du gréviste, que je souhaite parler ici.

Grève de la faim : violence dans l’origine et le déroulé

1 – Les motivations : dans un cas, le jeûne est entrepris pour aller mieux, soigner ses maux, petits ou grands**, se retrouver avec soi-même, aller à la rencontre de son intériorité, voire profiter d’une dynamique de groupe bienveillante, notamment via les réseaux Jeûne et randonnée ou Jeûne et bien-être. Dans l’autre cas, l’entreprise de la grève de la faim prend ses racines dans une frustration, une souffrance face à un Etat violent, par ce qu’il fait ou ne fait pas. Les fondements du jeûne sont donc tout à fait opposés : dans un cas, se faire du bien en s’allégeant physiquement et mentalement pendant un temps défini au préalable, dans l’autre, se faire du mal jusqu’à ce que, peut-être, mort s’en suive.

2 – Les conditions de vie : lorsque l’on entreprend un jeûne pour sa santé, il est possible de rester chez soi, dans son cocon, protégé et vivant à son rythme ; on peut aussi jeûner dans un lieu de vacances, un appartement face à la mer, une maison prêtée par des amis, idéalement proche de la nature… ; ou jeûner accompagné, dans un centre spécialisé, au confort adapté.

Par « adapté », j’entends : disposer d’une chambre pour s’isoler et se reposer quand on en ressent le besoin, pouvoir se doucher, prendre un bain, disposer de toilettes en nombre suffisant et propres (notamment au moment de la purge***, en début de jeûne).

Promiscuité, hygiène relative, issue incertaine

Autant de critères qui font défaut aux grévistes de la faim. Si les militants anti-GCO ne campent pas place Kléber, dans le froid, ils ne sont pas non plus logés confortablement, loin s’en faut. A Strasbourg ou ailleurs, dans cette grève comme dans d’autres, les grévistes cumulent généralement la privation de nourriture et la privation du confort minimal. Ils encaissent une promiscuité inhabituelle, se satisfont d’une hygiène relative, alors qu’elle est plus nécessaire que jamais quand les émonctoires s’activent, enquillent les heures de réunions militantes, les visites de soutiens, les actions extérieures et ne bénéficient ni de l’air non pollué, ni de l’effet anti-dépresseur des balades en pleine nature, ou si peu.

3 – L’issue : tandis que les jeûneurs « bien-être » entreprennent une diète à l’eau, au bouillon ou au jus pour une durée définie et soutenable, compte tenu de leur état de santé et de leur poids de départ, de leurs objectifs et d’un avis médical ou naturopathique avisé, les grévistes de la faim, même suivis par des médecins, ne sont pas prioritairement occupés par leur santé, bien au contraire. Ils protestent avec leur corps et, c’est le plus dur pour ceux qui les suivent et les accompagnent, plus ils vont mal, plus la pression sur les autorités est forte.

Reprise alimentaire graduée, suivi et complémentation

Quelle pertinence, quelle issue pour ce type d’action ? Je ne peux trancher ni l’une, ni l’autre question. Néanmoins, j’attire l’attention sur la nécessité d’une reprise alimentaire graduée et d’un suivi par un médecin, un naturopathe ou un nutritionniste sur plusieurs mois. En fonction de la durée de la grève et de l’état physique et psychique du gréviste, le temps pour se retaper, regagner en énergie, combler ses carences en vitamines et minéraux, sera plus ou moins long, des séquelles constatées ou non.

A lire, ce document (PDF) : « Conséquences physiques d’une grève de la faim » (Santé Conjuguée – 2005 – Belgique)

Mon livre préféré – le guide pratique le plus complet – sur le jeûne « bien-être » : « L’art de jeûner », Françoise Wilhelmi de Toledo, Jouvence.

* Le jeûne est formellement contre-indiqué que pour les nourrissons, les femmes enceintes ou allaitantes, les diabétiques insulino-dépendants (type I), les anorexiques ou les dépressifs profonds. Les personnes sous médicaments ou présentant des problèmes cardiaques, rénaux ou hépatiques, doivent impérativement être suivies par un médecin.

** Voir « Le jeûne : une nouvelle thérapie ? », documentaire de Thierry de Lestrade, diffusé régulièrement sur Arte depuis 2012.

*** En début de jeûne, il est important de vider ses intestins pour éviter l’auto-intoxication par les selles y stagnant, aussi bien que pour accélérer le passage du corps à l’auto-restauration. Le plus efficace est de prendre 20 à 30 grammes de sulfate de magnésium (sels d’Epsom) dans un grand verre d’eau – effet de purge dans les 2 à 12 heures.

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