Mon kit de survie naturo post-attentat


Vivre la ville / mercredi, décembre 12th, 2018

Ce matin, nous nous sommes réveillés à nouveau avec des morts inutiles à quelques kilomètres. A nouveau, parce que nous étions tout près de Nice le soir de l’attentat sur la promenade des Anglais. Cette fois, nous connaissons les lieux par cœur, nous entendons les sirènes, l’école est suspendue, nos plans pour la journée sont à l’eau, se rendre au travail nécessite de contourner les barrages policiers.

Pas de télé, pas d’images ou de sons anxiogènes

Les enfants posent des questions, se baladent jouets contondants à la ceinture, « au cas où », et « font des rondes » dans la maison. Je suis heureuse de n’avoir rien su hier soir, que nous ayons tous dormi comme des bébés sans nous douter de rien. Sans télé, nous ne sommes pas inondés de visages et de mots anxiogènes, mais, branchés sur les réseaux, les infos nous parviennent et leur lot de craintes et de réflexions avec.

Quand on n’est pas touché directement par ce type d’événement tragique, il est néanmoins possible de se préserver un minimum dans ces moments pénibles. Je vous livre ici, à brûle-pourpoint, mon kit de survie naturo post-attentat, à usage de ceux qui, comme moi, refusent de se laisser dicter leur ressenti par BFM TV.

  1. Couper toutes les sources d’information en continu, couper toutes les voix et les sons.
    Je reste branchée régulièrement sur les infos en ligne (Le Monde, Rue89 Strasbourg, DNA…), mais je prends la précaution de ne rien entendre ou voir. Et j’en préserve les enfants. Les images et les sons raisonnent dans nos têtes, entretiennent l’angoisse et n’apportent rien, sinon l’impression illusoire d’être dans l’action. Mais quelle action ? Attendre la capture ou la mort d’un homme ? Tenter de comprendre ses motivations en écoutant des acteurs publics échafauder des suppositions en boucle ? Crispant.
  2. Accepter d’être dérangé.es dans son quotidien.
    Lâcher prise. Les enfants n’iront pas à l’école, le cour de karaté est annulé parce que tous les équipements publics sont fermés, ne pas pouvoir travailler, être confiné.es chez soi… Le quotidien est bouleversé, des gens sont morts, à trois coups de pédales, dans nos rues, celles qu’on connaît par cœur. Restons-en éloigné.es, quelques heures, quelques jours. Acceptons. L’énervement et la colère pompent une énergie dont on a besoin pour aimer, pour construire, pour accompagner.
  3. Méditer, faire du sport.
    Respirer, fermer les yeux, se laisser quelques minutes de pause, laisser venir à soi les idées, les émotions… Et les laisser repartir. Recommencer plusieurs fois dans la journée, quand l’angoisse ou la colère monte, quand l’incompréhension et l’intolérance guettent.
    Ce matin, je suis allée courir une petite demi-heure, dans mon quartier, éloigné du théâtre des opérations. J’ai soulagé ma tension, laissé mon corps s’ébrouer dans le froid et la brume, loin, très loin des médias, des interprétations diverses et de l’attente. Faire un peu de sport ou d’exercices physiques doux, à la maison ou à l’extérieur, quand c’est possible, est une bonne façon d’évacuer le stress et de reprendre contact avec ses sensations et son corps.
  4. Profiter de chez soi, avancer sur ses tâches ménagères.
    Il se trouve que nous ne sommes pas chez nous, mais chez nos amis, alors que notre appartement est occupé par des attachés parlementaires en session à Strasbourg. Les enfants jouent avec leurs copains, je lis, j’écris, je gère la logistique. Si vous êtes chez vous, profitez de ces moments hors du temps pour regarder un bon film de Noël, faire du tri ou du ménage, ranger vos papiers, vos photos ou vous adonner à toute autre activité que vous repoussiez jusque-là. Ecoutez de la musique, dansez, dormez, cuisinez, d’autres façons d’être dans la vie plutôt que dans l’angoisse.
  5. Parler avec les enfants, rassurer, expliquer.
    Les miens multiplient les dispositifs de surveillance factices depuis ce matin. Les petits copains ont ce qu’il faut d’armes en plastique en tous genres, qui leur donnent, aujourd’hui, un sentiment de sécurité et de prise sur les choses. Le malaise est diffus, ils ne veulent pas sortir de la journée. Pas vraiment une peur, mais un sentiment d’incompréhension et de crainte. Parler, câliner, ne rien cacher de ce qui se passe, sans leur imposer quoi que ce soit. Les passants morts pour rien hier, ça aurait pu être eux, nous, des connaissances. Malgré le choix des mots et toute la réassurance dont nous pouvons faire preuve, ils sont conscients de cette réalité, à engranger dans un coin de leur petite tête.
  6. Passer à autre chose, vivre demain comme hier.
    Je suis foncièrement pacifiste, décroissante, écologiste, humaniste. Cet événement dramatique, même proche de moi géographiquement, ne me fait pas changer de discours sur la société ou l’orientation politique que je juge nécessaire à la résolution des inégalités. Bienveillance, équité, résilience, les mots de la guérison. Hurler avec les loups, « renforcer les dispositifs », surveiller toujours plus étroitement pour un résultat impossible à garantir et au mépris des libertés individuelles et collectives, très peu pour moi. Demain matin, je prendrai mon train pour aller travailler dans le sud de l’Alsace ; vendredi, je serai dans le centre-ville de Strasbourg pour boucler mes cadeaux de Noël, flâner et boire un vin chaud. Show must go on.

Je suis très triste pour les proches des personnes tuées hier soir, celles qui sont blessées, leurs familles. Il n’y a rien de plus à dire, je crois.

3 réponses à « Mon kit de survie naturo post-attentat »

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