La douce « vacance » de celle qui ne savait pas s’arrêter


Mon chemin de vie / mardi, août 6th, 2019

Depuis dix jours, je suis en « vacances ». Vacance de travail rémunéré, un état qui me connait bien, parfois l’année durant, vacance de formation, après trois ans au Cenatho, vacance de l’Education nationale, les enfants n’ayant pas classe, vacance de Strasbourg, puisque, telle une bienheureuse, je foule actuellement le sol breton, sur lequel j’aspire à me téléporter 340 jours par ans.

J’inspire les falaises de granit et l’horizon dégagé

Ici, j’inspire les embruns et j’expire l’Alsace, j’inspire les odeurs d’algues séchées au soleil, les cris des mouettes et le roulis des bateaux, j’expire d’improbables ambitions politiques ou associatives, j’inspire les falaises de granit et l’horizon dégagé, j’expire une partie de mes doutes, un sourd sentiment d’impuissance, une insatisfaction au long cours.

En théorie, je ne suis pas du genre à rester les pieds en éventail sur la plage. J’ai concocté un programme dense, jamais plus de trois jours dans un même lieu, sur deux semaines pour Marc et les enfants, trois semaines et des cacahouètes pour moi. Mais après cinq endroits et quatre groupes d’amis visités en dix jours, j’ai écouté les enfants, chaque fois déçus de partir si vite, j’ai rassuré Marc, gourmands de temps de repos, j’ai aussi pris la mesure de mon temps d’adaptation, de mon envie de me poser, et nous avons décidé in extremis, avant que la caravane ne reparte trop vite vers l’est, de nous installer 4-5 jours au même endroit, pas très loin de Lorient.

Peur de faire du mal ou peur de mal faire

Parce que moi aussi, je suis fatiguée. Fatiguée de l’année qui vient de s’écouler, des trois ans de formation et aller-retours à Paris, des cinq ans de questionnements professionnels, des déménagements, des espoirs, des réussites, des abandons. Je suis fatiguée des montagnes russes émotionnelles, des portes ouvertes si nombreuses, de celles que je ferme peut-être à tort, par peur de faire du mal ou par peur de mal faire. Fatiguée aussi de ne pas me faire vraiment confiance, de minorer mes réussites, de sous-estimer mes apports.

La vacance permet de prendre un peu de recul – n’est-ce pas son avantage premier ? Entre deux galettes complètes, un kouign amann et une bolée de cidre brut, une cigarette aussi, et oui, je pèse le positif, j’explore mon cœur, je vais là où me guide mon énergie. En cela, le dernier stage de naturopathie m’a énormément apporté, chamboulée. Les amies, les formateurs, les rires, les clients, les larmes, les mouvements de mon âme ont été, une fois encore et pour la dernière, extrêmement instructifs. J’ai écouté et j’ai « entendu », j’ai appris et accepté, j’ai donné et j’ai pris, beaucoup.

On m’a soufflé que j’étais « thérapeute », une distinction à laquelle je ne me donnais pas droit. Que j’étais « naïve et mignonne » aussi, moi qui me considère dure et décillée. Que j’étais femme enfin, avec la puissance et la douceur qui accompagne ce genre, autant que celui d’en face. Ami.es, vous m’avez déstabilisée, mais surtout portée, aimée, rassurée. Pour cela et tout le reste, je vous remercie tant et plus. J’aborde l’inconnu avec une nouvelle force, que ne me confèrent plus mes idées reçues, mais au contraire celle des potentialités.

Je me découvre de nouvelles habiletés

Ici, en Bretagne, entourée de mes proches, je souris des moments de complicité, de la fluidité des échanges entre nous quatre, malgré les chamailleries des enfants comme des adultes, des agacements des unes, des souhaits inexprimés et parfois inassouvis des autres. Pas vraiment besoin de se parler, on est bien. Je vois les amis, on échange, on se raconte et je découvre, au gré des discussions, de nouvelles habiletés. Celles que d’aucuns ont reconnu chez moi. Ça me remplit de confiance, de responsabilité aussi.

Je lis des romans (notamment ceux de Delphine de Vigan), qui tous parlent de la mort. Etrange coïncidence, dont je ne m’explique pas l’origine. Et j’ai envie d’écrire aussi. Une envie qui remplit presque tout, qui me montre la voie. Ma voie ?

A vous qui me lisez, je prescris les siestes. Pendant lesquelles on ne dort pas forcément, mais on lit, on écrit, on dessine, on s’aime, on réfléchit. D’habitude, on roule, on fait des centaines de kilomètres, on randonne, toujours dans l’action et je ressasse. Ces jours derniers, j’écoute les autres et je pense peu, en tout cas moins qu’avant. Le ciel est plus clair, le corps lâche, la culpabilité est loin. Je pourrais presque assumer le fait d’être heureuse.

Et vous, un bel été ?

2 réponses à « La douce « vacance » de celle qui ne savait pas s’arrêter »

  1. Merci Marie pour ce très bel article qui distille une sincérité courageuse, confidente et … souriante ! Vraiment vous avez un talent pour l’art des mots et j’en suis sûr pour soigner les maux 😉

    Au plaisir enjoué d’une prochaine rencontre dans l’univers merveilleux (?) de la naturopathie qui est en train d’emplir ma vie à pas de géant 🙂 Direction l’Ecole ANAE à partir de septembre et vive l’Aventure !

    A bientôt,
    France (merci encore pour vos conseils par téléphone suite à votre intervention aux Assises du Bien-être organisées par Sève Solutions)

    nb. Hâte de lire votre ouvrage qui devrait tomber dans nos mains sous peu si ma mémoire est bonne 🙂

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