Journal de confinement #3 : mémo pour plus tard, ne jamais passer le CAPES


Journal de confinement / jeudi, mars 19th, 2020

J3. « Elle s’est lâchée la maîtresse, là ! », s’exclame t-il, déjà soulé. Avec lui, j’ouvre le mail du jour, envoyé par la maîtresse de CM1. Sept pièces jointes. A ce rythme, après-demain, je n’ai plus ni encre, ni papier. Heureusement, une partie des cours de Sixième de la grande peut être suivie sur tablette. Celle qu’on a achetée en décembre. Grand ouf.

Les PJ de CM1, donc. De l’allemand, Marc va pouvoir aider (Dieu que je suis contente que les enfants ne soient pas en bilingue !), du lexique, de la poésie. Pour la grande, c’est SVT, français, math, géographie et… Education physique et sportive. « Je recopie les exercices, c’est que des trucs à faire à la maison, sur le tapis. Cool, nan ? » Elle prend les choses avec philosophie, elle kiffe même.

Télétravail perpétuellement interrompu

Déjà, les sortir des Legos post-petit-déjeuner. En mettre une dans sa chambre, l’autre dans le salon, là où Marc et moi bossons aussi. Perpétuellement interrompus. Lui télétravaille, enfin, il essaie. Moi, j’ai envie de lire les articles qui tombent comme à Gravelotte sur mon fil Facebook, dans les médias en ligne que je suis ces jours-ci, dans le Monde diplomatique qui traine sur la table. J’ai envie d’écrire aussi. Et puis, dans 10 minutes, ce sera les coups de fil de boulot, après la réunion en visioconférence d’hier soir. The show must go on. Encore un peu.

C’est marrant, j’ai toujours eu la tentation de l’enseignement. En me lançant dans une classe préparatoire, il y a tout juste 20 ans, je me disais qu’en cas d’échec, je passerais le CAPES d’Histoire-Géo. J’ai opté finalement pour l’école de journalisme. Ces dernières années, alors que mes activités avaient du mal à décoller, j’ai posé à nouveau l’option sur la table. Sécurité de l’emploi, transmission, préparer l’avenir auprès des enfants ou des ados, blablabla. Et puis, j’aime bien exposer et qu’on m’écoute.

Risquer de leur faire prendre du « retard »

Marc a poussé des hauts cris : « Vous allez détestez ». Ô qu’il me connait bien. Trois jours à faire classe, à peine deux heures par jour, et j’y vais déjà à reculons. Pourtant, une fois qu’ils ont le nez dedans, je les trouve plutôt disciplinés. Le cours d’allemand oral démarre, je me translate à la cuisine. Elle n’a pas de porte, j’entends tout. Respirer, se concentrer. Je songe à ceux, Parisiens par exemple, qui vivent à cinq dans trois pièces. Ou plus et moins. Cette histoire de « continuité pédagogique » est une folie. C’est un peu comme tout, il ne faut pas que l’école s’arrête quelques semaines, ce serait habituer les enfants à ne rien faire. Risquer de leur faire prendre du « retard ».

Mais du retard sur quoi ? Sur qui ? Tous les enfants sont logés à la même enseigne. Je ne peux imaginer que l’Education nationale pénalise les enfants qui n’auront pas pu ou su suivre l’enseignement à domicile. Tous les parents ne peuvent pas s’improviser profs ou instits. Sur le plan matériel, autant que sur le plan des connaissances théoriques… Deux heures plus tard, je reçois un nouveau message de la maîtresse. Elle a lu dans mes pensées.

Toute la journée en pyjamas ?

« Je tenais à vous préciser que les travaux envoyés sont des pistes de travail pour que les élèves n’oublient pas leurs acquis et puissent continuer à progresser, malgré les circonstances, écrit-elle. J’ai totalement conscience que chacun fait au mieux. Ne vous inquiétez pas, le travail envoyé peut tout à fait être étalé sur la semaine. Bien entendu, je ne demande pas aux élèves de faire tout cela aujourd’hui, ni de tout faire à tout prix… Vous n’êtes pas obligés de me renvoyer quoi que ce soit (exposé, photos), mais vous pouvez si vous le souhaitez. Il n’y a pas d’obligation, ce sont uniquement des suggestions. » Le message tombe à pic, il est déjà retourné aux Legos.

Question subsidiaire : vos enfants restent-ils en pyjamas toute la journée ? Parce que les miens refusent de s’habiller au motif qu’on ne sort pas dans la rue. Et compte tenu de ma tenue, je ne peux clairement rien rétorquer.

4 réponses à « Journal de confinement #3 : mémo pour plus tard, ne jamais passer le CAPES »

  1. J’ai beaucoup ri. On se pose les mêmes questions dans le supérieur : garder le contact, inciter à lire, pour le reste… bof. La fracture numérique est une réalité. A quoi ça rime l’enseignement à distance, quels objectifs ?

    1. Longtemps, on a eu que deux ordis portables à la maison, un par adulte (le mien est à usage pro). Depuis un an et demi, j’ai un smartphone ; depuis 3 mois, Marc a aussi le sien et nous avons acheté une tablette pour deux enfants. Cinq écrans pour quatre, je trouvais ça beaucoup, mais avec l’école à la maison + le télétravail, c’est presque juste quand tout le monde bosse en même temps. Avec moins, on ne pourrait pas faire, ou chacun son tour.
      Bref, le mieux me semble-t-il serait d’avoir des manuels papier pour chaque matière (plutôt que des docs à imprimer ou à suivre sur écran) et un mail par semaine avec le programme complet. Sans pression, sans obligation de résultats.
      Je me dis en plus que nous, on est là, on a des billes, on sait faire. Qu’en est-il quand tu dois aller au travail, faire garder, ou quand tu ne peux pas suivre ? Sans compter la question du rôle de l’enseignant, de sa plus-value, etc. Gros sujet, j’y reviendrai je pense 😉

  2. Après 3 jours à traîner en pyjama, j’ai demandé qu’on prenne une douche et qu’on s’habille (de manière cool on est d’accord) le matin, sauf mercredi, samedi et dimanche.
    T. est en train d’aménager le bureau de N°4 dans sa chambre (j’en peu plus de l’open space en bas). ; N°1 a fait un grand ménage dans sa chambre (merci le confinement).
    Quand j’aurai 2 minutes, je chercherai sur You Tube des trucs pour faire du yoga ou un peu de gym (si tu as des pistes …).
    Sinon, pareil, j’envoie quelques trucs à faire à mes élèves (surtout les GS) … et j’ai beaucoup de retours, les parents m’envoient plein de photos 😉
    Bises à vous 4 !

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