Journal de confinement #27 : pourquoi je ne porte pas de masque


Journal de confinement / jeudi, avril 23rd, 2020

J38. Hier soir, ma fille de 11 ans me demandait pourquoi je me faisais épiler trois-quatre fois dans l’année. « Quand j’ai vraiment trop l’air d’un yéti, ou quand il fait beau, que je suis invitée à un mariage et que j’ai envie de porter des robes à bretelles, que je passe des vacances avec ma sœur anti-poils », lui ai-je répondu. Dans son magazine Julie pour les 10-14 ans, sa nouvelle littérature quotidienne faute d’accès aux librairies et médiathèques, ô surprise ! un dossier complet qui démonte (et non démontRe) la pertinence de l’épilation et liste les arguments défavorables à cette norme esthétique féminine et anti-physiologique.

« Un rappel visuel des dangers du virus »

On évoque toutes les deux les normes sociales, la publicité, le poids des habitudes, du regard que l’on porte sur son propre corps / d’hygiène du corps (à petit prix), je parle ici. Et puis, tout à l’heure, on fait notre petit tour de courses quasi-quotidien ; dans la rue, la moitié des gens porte des masques, en papier ou en tissu. La nouvelle norme, déjà. Alors que nous faisons le choix de ne pas en porter, n’ayant à notre disposition que des spécimens en tissu fait-maison cousus par ma belle-mère (à son initiative), je lis et regarde ces derniers jours des articles et vidéos globalement d’accord entre eux sur leur inutilité, comme cet article de The Conversation sur le retour à l’école :

« Concernant le port du masque, même s’il n’assure pas une protection physique suffisante, il constitue un rappel très visuel des dangers du virus et pourrait agir comme un « coup de pouce comportemental » soutenant l’engagement des personnes. »

The Conversation

Ou cette vidéo du Monde.fr :

Des masques pédagogiques, donc. Or, il y a quelques jours, dans un supermarché où je ne me rends quasiment jamais (besoin de piles et mes commerces habituels fermés), un homme maugrée derrière mon dos, dans son masque et à son propos : « Y a la moitié des gens qui n’en portent pas, c’est vraiment n’importe quoi ! » La pression sociale commence à être forte, alors même que rien ne prouve l’efficacité de ce dispositif, plus ou moins artisanal.

Pire, dans cet espace climatisé, je manque d’éternuer. Je me retiens de toutes mes forces, inquiète des regards accusateurs si j’éternue là, sans masque, au milieu des paquets de pâtes. Même dans mon coude. Même dans mon mouchoir (en tissu).

Rejet d’une société aseptisée, masquée et connectée

Divers membres de ma famille cousent ces masques, nous en offre même. Ces protections (?) seront sans doute obligatoires dans les transports en commun, dès que les collectivités et l’Etat en disposeront en suffisance et sauront comment les distribuer à tou.te.s. Mais, à ces nouvelles normes sociales, je ne me fais pas. Je n’arrive pas à les dissocier de celles sur les poils féminins, la longueur des cheveux ou celle de la jupe ; le voile, le turban, la perruque religieux.ses. Des croyances ? A travers ma réticence au port du masque dans l’espace public, les commerces ou l’école, c’est aussi le rejet de cette société aseptisée, des barrières dressées entre les gens, enfants, adultes, personnes âgées, que l’on nous promet pour les mois à venir.

Comment sortirons-nous de cette nouvelle norme ? Porterons-nous désormais au quotidien ces masques peut-être inutiles, rappel de notre vulnérabilité, de notre condition de victimes (potentielles), marque de notre (in)civisme ? C’est un peu comme cette histoire d’application StopCovid, je n’y reviens pas. La nouvelle norme, c’est aussi celle des apéros Zoom, des discussions entre copines sur Discord, des séances Messenger en visio avec la famille ou des consultations Skype. Celle du e-learning et du cinéma on demand. Des ersatz de vie en commun.

Le sucre tue plus que le COVID et pourtant…

Je ne sais pas ce qui sauve des vies aujourd’hui. Je lis des articles sur la nicotine qui protègerait du COVID (!!), les subventions à l’aérien (= suicide climatique), la désinfection de l’espace public au mépris de ses effets délétères sur la qualité de l’eau ou le droit de l’environnement sacrifié sur l’autel de la reprise économique. Mais je ne lis quasiment nulle part à propos du fossé entre la réactivité des institutions face au COVID-19 et leur quasi-cécité, voire complicité, quand il s’agit des principales causes de mortalité en France ou ailleurs. Causes de mortalité de masse qui sont loin d’entrainer le moindre changement de normes sociales. Je veux parler de l’industrie agro-alimentaire, du sucre et des graisses saturées, des pesticides, de l’élevage industriel et de la déforestation, etc. Je vous conseille le visionnage de ce documentaire d’Arte, sur l’épidémie d’obésité et de diabète, largement évitable, qui tue bien plus que n’importe quel coronavirus.

Alors que l’obésité progresse inexorablement, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade enquêtent sur les causes de ce fléau planétaire dans « Un monde obèse » (DR)

Je ne me range pas dans le camps des complotistes. Je trouve d’ailleurs extrêmement gênant le fait de ne pouvoir rien questionner aujourd’hui sans être immédiatement taxé d’irresponsabilité, d’affabulation ou d’incivisme. Au-delà de la critique sur la gestion de la crise, que se disputent les partis politiques, à raison, nous devons garder notre libre arbitre. Le débat est plus profond que « masques chinois ou masques français », masque ou pas masque d’ailleurs… C’est notre approche de la santé, de la société, de la sociabilité que cela remue. Et pour encore longtemps.

A lire, un article du site The Conversation (mon média favori en ce moment) sur l’acceptabilité des mesures limitant les libertés publiques qui chute ces derniers jours (normal, on n’en peut plus !) et un autre sur l’arrêt du tabac pendant le confinement. Bonne lectures !

2 réponses à « Journal de confinement #27 : pourquoi je ne porte pas de masque »

  1. Hello ! Merci pour l’article, très intéressant et qui formule bien des gênes que nous ressentons aussi. Petit détail : le dernier lien sur « l’arrêt du tabac pendant le confinement » ne fonctionne pas, pourrais-tu le remettre, ça m’intéresse 😉 Merci encore

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