Journal de confinement #25 : besoin de faire silence


Journal de confinement / jeudi, avril 16th, 2020

J31. Je n’ai que des titres à la con qui me viennent : « Accepter ses limites et les dépasser », « prendre chaque jour comme il vient », « les projets qui détournent de l’inquiétude », « les bienfaits de la respiration et du lâcher-prise »… Bref, des poncifs que je vous épargne. « Enfiler des perles », qui signifie « ne pas s’occuper sérieusement » ou, mieux, « s’occuper de niaiseries ou de bagatelles », aurait été un hommage appuyé à mon fiston, qui travaille ces derniers jours sur les sens propre et figuré des expressions françaises. Programme de français CM1. « Se payer de peu de mots » aurait aussi fait l’affaire, tant mon bla-bla-bla m’apparait parfois vain.

Pas de déprime dans mon introduction, mais plutôt un clin d’œil, un coup de coude, une bise distraite. De celle qu’on ne pourra plus faire ces prochain.e.s mois-années. Mais que je vous adresse virtuellement avec l’intention la plus amicale et affectueuse en mon pouvoir.

Aussi exotique que Tombouctou

Hier, c’était notre anniversaire de mariage. Trois ans, ce n’est pas long, mais pour chacun de nous, c’est déjà le deuxième essai ; circonstances atténuantes et amour au cœur (encore). Tout content, on a soufflé nos bougies sur une tartelette aux abricots de chez le boulanger, dans la boutique duquel je suis entrée avec les enfants, au mépris de toutes les consignes.

Pour se dégourdir les pattes, on a fait le trajet tous les trois mains dans les poches, en rigolant à travers les ruelles du quartier, toutes de fleurs, de lézards et de verdure ensoleillée ; je me serais crue en voyage à l’autre bout du monde tant le plaisir était grand. La Robertsau, aussi exotique que Tombouctou. Les enfants ont crapahuté quelques minutes sur les agrès du parc du quartier, miraculeusement accessibles, dans le pur plaisir de la (re)découverte de joies très simples qu’ils auraient peut-être boudées il y a quelques semaines. A dix et presque douze ans, ces jeux de grimpette ne font plus autant recette… Sauf quand on se traine toute la journée du canapé au lit et de la tablette au bac Lego.

Refouler les prophéties autoréalisatrices

Marc tousse et il est très fatigué depuis deux jours. Déjà la semaine dernière, mais ça n’avait pas duré. J’ai dormi cinq ou six heures cette nuit, réveillée par ses quintes, inquiète de le voir déjà un masque à oxygène sur le visage. Dès que l’image se forme, je la chasse, persuadée que je crée une réalité à venir, une prophétie autoréalisatrice. A 5h30 du matin, j’ai lu des articles hyper anxiogènes sur LeMonde.fr, sur les enfants malades du COVID et le nombre de morts en Alsace. Quelques dizaines chaque jour. Et puis j’ai travaillé un peu, ça aide. Ce matin, il me dit que ça va, les yeux tout collés de sommeil et je veux le croire.

Euphorie, colère, peur, inquiétude ou tranquillité, je suis désormais passée ces dernières semaines, comme vous sans doute, par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Les mois qui viennent sont incertains, sur de nombreux plans, mais je les appréhende avec une certaine philosophie, enfin. Je veux être là pour mes proches, me concentrer sur l’étude – je vise l’engloutissement de la bibliographie des deux premiers semestres de licence de psychologie d’ici septembre – et surtout faire un peu silence.

J’ai besoin de me taire (une gageure) et d’écouter. Je reste disponible pour vous, pour les consultations, mais vous épargnerai mes états d’âme pendant quelques jours et mets le journal en pause. On se retrouve très vite !

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