Journal de confinement #24 : « Stopper l’émotion en cherchant des coupables »


Journal de confinement / mardi, avril 14th, 2020

J29. Hier soir, j’ai appris la mort d’un homme, énergique et engagé, ouvert et direct, rencontré longuement il y a quelques semaines à peine, pendant la campagne électorale. Ce matin, c’est un copain qui est au plus mal, en réanimation à l’hôpital. « Pendant qu’on parle, des gens meurent » ; c’est ainsi que Franck Lopvet, consultant et gourou moderne, démarre cette interview par temps de COVID (podcast ci-dessous, par Anne Guesquière). Son propos, dont je me nourris souvent, est d’abord de souligner que face à cet événement d’envergure mondiale, nous avons tendance à chercher des coupables pour stopper la peur, la colère et la tristesse. Ces émotions désagréables qui nous envahissent et que nous voulons étouffer par tous les moyens.

Prouver la pertinence de son propre système

Or, trouver les coupables, donner à tout prix du sens à ce qui se passe et parler pendant que les gens se rendent la boule au ventre à l’hôpital, apporte avant tout de l’eau à notre propre au moulin. Indécent ou nécessaire, Lopvet ne tranche pas, mais s’exprime peu. Pas tellement le moment, selon lui. Pas de valeur universelle à nos colères, note-t-il, contre Macron, le voisin ou les Chinois, précisé-je : le complotiste, l’anarchiste, le techniciste, le décroissant, le spiriualiste, tou.te.s peuvent, avec le coronavirus, prouver la pertinence de leur propre système. Un Boris Cyrulnik, un Bruno Latour, un président du MEDEF, une Marie Hoffsess ou n’importe qui d’autre. Dans cette crise, « tout le monde peut trouver de quoi corroborer ses croyances et nourrir son business », nous dit Lopvet. En démontrant chacun de nos points de vue, le COVID-19 les « rend creux » et nous enjoint à n’observer qu’une chose : pourquoi et dans quelle mesure chacun.e d’entre nous a désiré être confiné.e, se retrouver face à soi-même, coincé.e à l’intérieur ?

Pour ma part, la réponse m’apparait facilement : oui, épuisée par le travail des derniers mois, j’ai rêvé d’une pause et d’un long repli. Oui, écologiste, j’ai espéré, des années durant, une prise de conscience collective et un arrêt sur image pour mieux voir la catastrophe écologique à venir (ou déjà là ?). Oui, décroissante, j’ai désiré que les avions restent clouées au sol et les voitures au garage. Oui, maman coupable, j’ai souhaité du temps avec mes enfants ; intellectuelle frustrée, le loisir de lire et réfléchir des semaines, des mois durant. Exaucée. Cette vérité intime, en chacun de nous, n’empêche pas la scène, comme toute chose, d’être « polarisée », reprend Lopvet : « Le pire et le meilleur cohabitent, les élans de solidarité et d’amour, la dépollution, la projection dans une décroissance sans fusil ni barbelés, mais également la peur », la mort et la détresse.

Notre incapacité à accepter le point de vue de l’autre

Pour l’auteur de « Un homme debout » (éditions Atlantes, 2018), le sujet est avant tout notre incapacité à accepter le point de vue de l’autre, à s’accorder sur le fait que chacun regarde de là où il se trouve, géographiquement, culturellement, spirituellement… Notre difficulté, aussi, à nous aimer tel que nous sommes, et pas pour « la bonne personne » que nous voudrions être. Pour lui, « le coronavirus est soft par rapport à la haine que les humains ont pour eux-mêmes ». Son conseil : si chacun s’occupe parfaitement de lui-même, plutôt que de râler contre le voisin ou le Président, on peut se sauver individuellement et collectivement. Difficile quand l’Etat nous infantilise, mais pas impossible.

« Ranger sa maison, ranger son cerveau, ne pas chercher une méthode pour moins souffrir, mais profiter de cette pause, de cette parenthèse : tant qu’on n’aura pas abdiqué, on sera coincé chez nous », prophétise Franck Lopvet. Un message qui porte, au lendemain de l’annonce de la poursuite du confinement pour quatre semaines encore. Minimum.

Replonger dans ma bibliothèque spirituelle

Comprendre que le souhait que j’ai formulé en pensée et en énergie, et que notre intention collective adviennent, tout simplement. Je sais que cette interprétation peut être reçue de façon violente par ceux qui souffrent, triment, pleurent leurs morts. Pour ma part, je trouve beaucoup de réconfort dans cette approche. Je m’en vais replonger dans ma bibliothèque spirituelle ces prochains jours, quittant les services secrets du Bureau des Légendes, les Marc Dugain ou Cyril Dion, pour « Conversation avec Dieu » de Neale Donald Walsch ou « La voie de la paix intérieure » de BKS Iyengar.

Et vous, des prières ? Un retour sur soi fécond ?

Une réponse à « Journal de confinement #24 : « Stopper l’émotion en cherchant des coupables » »

  1. « le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas » Malraux ?
    « Nous autres civilisations qui maintenant savons que nous sommes mortelles » Pau Valery
    Les deux citations favorites de ma prof de français de 1ère en 1978.
    à vos dissertes….

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