Journal de confinement #22 : grotte alerte !


Journal de confinement / samedi, avril 11th, 2020

J26. Depuis deux jours, je reformule l’attaque de ce vingt-deuxième billet. « A 10h, j’ai enfilé un jeans et un t-shirt (sur un soutien-gorge, truc de dingue) et j’ai mis des boucles d’oreilles pour la première fois depuis trois semaines. A midi, après avoir déposé les enfants chez leur père, j’ai enlevé mon soutien-gorge et mes boucles d’oreilles, et j’ai ré-enfilé mon jogging. Ce jeans, je le porte une heure tous les trois-quatre jours depuis le 16 mars, je ne l’ai pas lavé depuis le début du confinement. »

C’était une option. Une autre : « Ce putain de temps magnifique est une provocation. Ces oiseaux qui chantent, ces tondeuses qui tondent, ces journalistes qui postent des photos des rues vides, cet extérieur qui m’est interdit, ces chaînes d’info et ces médias qui dégueulent leur millionième point sur la mortalité liée au virus, tout me fout en boule. L’URSSAF qui m’envoie la facture sans un mot sur mes droits, alors que tous mes contrats jusqu’à l’été sont annulés. Je hurle à l’intérieur. »

Des heures à regarder des séries

Plein d’autres options en magasin. Il est finalement presque 17h, on est samedi, en plein week-end de pâques, il fait aussi chaud qu’en été, le souffle délicat du printemps en plus, et je suis au fond de mon lit, le cerveau en guenilles après des heures passées à regarder Canal+. La bouche ensuquée d’avoir manger trop de chocolats de pâques, j’enrage de ne pas pouvoir aller faire un footing sous le soleil. En prévision des débordements de sociabilité pendant le week-end pascal, entre 11h et 19h, la préfecture du Bas-Rhin a interdit la pratique sportive en extérieur.

Quatre semaines, ça commence à faire long. Même si j’ai encore plein de livres à lire, de futurs à théoriser, d’amis à appeler. Depuis quelques jours, je n’ai plus goût à grand chose, à part boucler la saison 3 de Baron Noir ou manger du fromage à la petite cuillère.

Je vous entends déjà, je m’entends déjà : c’est l’occasion de prendre le temps, de se reposer, de créer, de passer du temps avec ma famille. Sauf que je me sens très reposée, je dors huit à neuf heures par jour depuis quatre semaines. Je prends le temps, je ne fais plus que ça. Je crée, un peu. Mais le seul matériau, c’est moi, et moi, je m’ennuie moi-même. Entre les enfants, la cuisine, les livres et la télé, je suis loin de pouvoir (ou vouloir) me plonger dans l’écriture d’un best seller. Un parmi des milliers. Au jeu des quatre points positifs et négatifs du confinement, ma fille a cité le temps rattrapé ensemble, après des mois à battre la campagne. Mais seulement après s’être plainte de ne plus voir ses ami.e.s. Tellement normal. A moi, c’est le mouvement qui manque : les sentiers strasbourgeois, la route en camping car, l’arrivée avec vue sur mer, au nord ou sud Bretagne, je ne suis pas sectaire.

Je frise le bore-out

Ce qui me manque, ce sont les discussions politiques de vive voix, je ne me fais pas à Zoom et autres FaceTime ; ça n’a pas grande valeur à côté d’une bière partagée à refaire le monde. Les week-ends à Paris, à sillonner les ruelles sur Marais, à grimper sur la butte ou trainer des heures chez Gibert Jeune. Ce qui me manque, c’est de me sentir utile, active, efficace. Je frise le bore-out et, malgré la chance de partager le confinement avec ceux que j’aime, je me sens seule, sans pour autant avoir envie de fraterniser par téléphone. Le téléphone avec lequel nous entretenons de drôles de rapports ces derniers temps : il est là, nous relie aux autres et représente parfois une bouée de sauvetage, mais il nous oblige. A rester sociable, alerte, réactif.ve, ce dont je n’ai pas très envie ces derniers jours, repliée dans ma grotte.

Pour reprendre la métaphore du manège, je suis dans la descente, je crie mais personne ne m’entends. Je crie en silence. Je veux de l’adrénaline, du stress, un shoot des autres, de la vie quotidienne, de l’extérieur. Je sais que le manège va m’emporter dans quelques heures, quelques jours, vers un nouveau frisson, une nouvelle aventure. J’ai hâte, tellement hâte. En attendant – l’attente étant le motif principal de la période – je regarde grossir mes fesses et s’enkyster ma colère anti-système. Heureusement, mon pèse-personne est pété et ma déprime passagère.

Et vous, des états d’âme ?

5 réponses à « Journal de confinement #22 : grotte alerte ! »

  1. Hello Marie !
    Il me semble que c’est dans le Haut Rhin uniquement que la pratique sportive est interdite entre 11h et 19h.
    Un footing vers 8h, c’est aussi très sympa 😉
    Bises

  2. Pour le moment, ça va … (c’est la team « casanier » ici)
    Je discute avec ma nouvelle voisine tous les jours, 1h au soleil au bord du canal, à 3m de distance l’une de l’autre. Je vais être bronzée comme jamais cette année !! (rappel, je bronze peu, je rougis 😉 ). Je suis enfin « en vacances » de la continuité pédagogique, oufff !
    Bises à vous 4

  3. Eh be, que dire ? J’ai quelques stratégies pour échapper à la déprime. Je peux t’en parler au besoin. Certes, au téléphone…

    1. Ah c’est gentil, ça va déjà mieux ce matin. Je vais tenter de compiler les ressources dont je dispose pour vous en faire également profiter. Mais si tu as de stratégies, n’hésite pas à les partager ici 🙏🏻😊

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *