Journal de confinement #20 : l’écologie du quotidien, un tournant urgent


Journal de confinement / mercredi, avril 8th, 2020

J23. C’est un sujet qui m’occupe depuis des années. Ce que chacun.e peut changer dans son quotidien pour participer à la mutation écologique de la société. Comprenons-nous bien : cet engagement individuel, celui du Colibri, est non exclusif, mais au contraire complémentaire de l’engagement collectif. Un jeu de va-et-vient peut et doit s’établir entre les échelles, pour une plus grande efficacité.

Cette « écologie du quotidien », à l’échelle individuelle et familiale, je vous en transmets les bases depuis trois ans, en conférences et en formation, dans les médiathèques, au sein des entreprises, à l’invitation de nombreuses associations. C’est le cœur de mon activité. Changer le regard que nous portons sur nos vies modernes en adoptant progressivement de nouveaux réflexes. La rupture que représente le confinement de millions d’individus doit être une occasion d’accélérer cette réflexion, de prendre de nouvelles résolutions, mieux, de nouvelles habitudes.

Le COVID, un levier de compréhension supplémentaire

Il est urgent d’agir. C’est un lieu commun qu’il faut néanmoins répéter, tant nos conditionnements paraissent indéboulonnables. Toutes et tous les chercheurs, philosophes ou climatologues le crient partout et tout le temps, depuis des dizaines d’années : nous courrons aux pénuries, aux catastrophes naturelles, aux pandémies (nan, ah bon ?), avec leurs cortèges de tensions, conflits, voire dictatures.

Avec la crise du COVID, nous avons un levier de compréhension supplémentaire, un levier d’acceptabilité aussi, si tant est que nous ayons le courage de l’actionner. La machine consumériste, financière et mondialisée ne doit pas repartir « quoi qu’il en coûte » dans les prochains mois. Nous devons saisir cette opportunité, nous dont le quotidien est déjà impacté par le virus, pour réfléchir et mettre en pratique de nouveaux modes d’être.

Confondre ses plaisirs et ses besoins

Concrètement, ça veut dire quoi ? Pas seulement de se mettre mollement au zéro déchet. Ou de faire ses courses en bio. Il ne s’agit pas de se donner bonne conscience en achetant ses produits de beauté chez Aroma-zone plutôt que chez Sefora. Il s’agit de tout changer. La façon dont on remplit le Caddie, mais également celle dont on conçoit sa vie. Avec le confinement, les plus écolos d’entre nous transigent avec leurs bonnes habitudes. De notre côté, on achète du jambon et du poulet sous vide, emballés dans du plastique, au moins de deux fois par semaine. Un truc qui n’arrive jamais d’habitude. On achète des magazines Lego suremballés, on commande un panier chez notre maraicher pour ne pas faire la queue dans la boutique. On pratique le drive à vélo, ce qui ne nous serait jamais passer par la tête avant.

J’ai même fait une commande de quelques livres sur Amazon et me suis abonnée à Canal+. Des TRUCS INIMAGINABLES dont j’ai un peu honte, mais qui sont venus combler une frustration, celle de plaisirs que nous en sommes arrivés à considérer comme des besoins, puiser de nouvelles connaissances, regarder de nouveaux films. Se nourrir de ce qui vient de l’extérieur de nous-mêmes. Un accroc à notre autonomie, juste un de plus.

Le « syndrome de l’élastique »

Parce qu’on se sent contraint d’un côté (dans nos mouvements), on lève d’autres contraintes (acheter sans plastique, manger végétarien). Qu’est-ce que ce sera quand le confinement sera levé ? Va-t-on toutes et tous se ruer dans les boutiques, acheter des billets d’avion, se piquer la ruche trois fois par semaine avec les copains ? Probable, tant que nous considérerons les changements dans nos habitudes comme des contraintes, comme des non-choix, et le retour « à la normale » comme souhaitable. Le syndrome de l’élastique, selon l’expression du naturopathe Fabien Moine :

Or, l’écologie du quotidien doit irriguer nos pratiques en tant que consommateurs, mais également elle est en capacité de nourrir le sens de nos vies. L’écologie du soi, dont je vous parlais il y a quelques mois. En capacité aussi de nous faire voir les changements à venir comme des chances, et notamment celle de nous permettre de vivre encore longtemps sur cette planète. Avec ma fille, nous avons enfin regardé le célèbre documentaire Demain. Je connaissais déjà le Bec Hellouin, Rob Hopkins et le réseau des Villes en transition, les Incroyables comestibles, les avantages des monnaies locales, les écoles Steiner ou Montessori, la démocratie participative, l’industrie symbiotique ou l’agriculture urbaine. Mais ce que m’a rappelé le visionnage de ce film, c’est qu’après la vague de sympathie et d’enthousiasme qui avait accompagné sa sortie, il ne s’était rien passé à grande échelle. En sortant du ciné, chacun.e était rentré.e chez soi, trouvant l’idée séduisante mais ne s’en saisissant aucunement.

C’est la crainte que beaucoup expriment aujourd’hui. Alors, à mon échelle, je réfléchis une fois de plus à ce que je peux mettre en place dans ma vie, personnellement, professionnellement, spirituellement. En matière d’alimentation, en arrêtant à nouveau la viande ; de loisirs, en arbitrant toujours plus finement en faveur des options les moins gourmandes en énergies fossiles ; et d’orientation pro. Et j’avance, comme vous, comme nous toutes et tous. Je l’espère 😉

Une réponse à « Journal de confinement #20 : l’écologie du quotidien, un tournant urgent »

  1. Merci Marie pour ce partage 😊
    J’ai parfois envie de croire, de façon utopiste, à un monde « d’après  » où la pandémie aura fait réagir une majorité de la population et des decideurs sur la relation entre les nouveaux virus et les problèmes écologiques 🤞
    Je crois que le « consommons local » s’installe déjà un peu plus dans les habitudes…

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