Journal de confinement #13 : la tête et le corps en vrac


Journal de confinement / lundi, mars 30th, 2020

J14 de confinement, treizième épisode du journal. Petit décalage, un rien qui pourrait être le début de quelque chose. Ne pas respecter cette hygiène quotidienne que je me suis donnée, en ne publiant rien hier, m’a d’abord un peu gênée. J’y ai pensé plusieurs fois dans la journée. Et puis, toute occupée que j’étais à regarder des séries à la chaîne, j’en ai pris mon parti. Surtout, à la relecture de mon billet de samedi, je me suis fait la réflexion qu’une fois de plus, même enfermée chez moi et le monde à l’envers, je n’arrivais pas à me défaire de mon productivisme congénital. Or, c’est l’occasion rêvée. Inespérée même.

A vouloir mettre du sens et de l’efficacité…

Etre utile, gagner ou perdre quelque chose, créer, construire ou transmettre sont pour moi, pour beaucoup d’entre nous, des horizons indépassables. Mais, quand on est privé de liberté d’agir et de mouvement, avancer vers nos objectifs conscients et quantitatifs est plus difficile. Colère et frustration à la clé. Puis, à vouloir mettre du sens et de l’efficacité dans tout ce que je vis, compiler, lire, comprendre et faire TOUS les jours, j’en oublie le bienfait numéro de la période : personne n’attend grand-chose de moi en ce moment. Je suis la seule à m’imposer des tâches. Or, en ce moment encore plus que d’habitude, j’ai le droit d’être inutile à la société, de ne pas gagner d’argent ; j’ai le droit de ne rien construire, de ne faire avancer aucun projet ; de ne rien planifier, de ne convoquer ni mon intelligence, ni mon efficacité si je n’en ai pas envie. Enfants et époux passent de heures à lire Blueberry ou Spirou, grand bien leur fasse, pourquoi pas moi ?

Ces derniers jours, j’ai la tête et le corps en vrac. J’ai arrêté de fumer il y a cinq jours et ce n’est jamais une partie de plaisir. Je vous renvoie à mes trois billets sur le sujet, rédigés l’année dernière lors d’un précédent sevrage. En 2019, j’ai fumé six mois sur douze, avec des arrêts et des reprises trois ou quatre fois dans l’année. Un sport épuisant, autant sur le plan physiologique que psychologique. J’ai pensé qu’avec un virus pulmonaire qui se balade, un job stressant qui se termine, du temps devant moi et la pression de mon entourage, le confinement serait une bonne occasion (sic) de faire le ménage intérieur, sur différents plans, et d’en finir une bonne fois pour toutes avec la cigarette. A relire cette dernière phrase, je me dis que le disque est complètement rayé… Mais je tiens bon ; le ridicule ne tue pas.

Transiger avec ses propres règles, le retour

Vivre un sevrage, de quelque nature qu’il soit – et nous en vivons collectivement plusieurs en même temps – c’est poser un acte. Même si on le vit les bras ballants, l’énergie en dents de scie. Après ma journée de méga-glande version binge-watching d’hier, je mets en veilleuse mon juge intérieur, comme souvent après une période un peu difficile ou de restrictions. Transiger avec ses propres règles, j’en parlais aussi l’année dernière, à peu près à la même période. Ces derniers jours, j’ai mal à la tête, une petite toux, les muscles endoloris et la vitalité dans les chaussettes. A ceux qui me suggèrent un virus d’actualité, je réponds crise curative, sédentarité, écrans en excès et légère déprime.

Le miroir grossissant du confinement fait affleurer des tourments oubliés ces derniers mois, le syndrome de l’imposteur, la sensation de vide intérieur et des questions que la vie du dehors met en suspend. L’occasion de s’essayer à des techniques de psychologie positive (un billet que je devrais imprimer et relire tous les matins !), et notamment la méditation de pleine conscience par temps de coronavirus. Toutes les réponses ne vont pas surgir des recoins de mon appart-monde, mais lâcher du lest et respirer peuvent permettre au mental de souffler et au cœur de trouver son propre chemin.

Tourner le dos à la monotonie et à l’utilitarisme

Voilà, j’accroche un sourire sur mon visage et me prépare à accueillir mes enfants, de retour de week-end chez leur papa. Pour nous détendre et lire non-utile, Marc a lancé une idée qui me plait beaucoup : toutes les semaines, acheter un magazine spécialisé dans un domaine qui a priori ne nous intéresse pas du tout. Ce matin, j’ai opté pour Automobile Revue, l’occasion de se mettre à jour en matière de bagnoles, nous qui n’en avons plus depuis un bout de temps. La semaine prochaine, j’ai le choix entre un magazine sur la voile, la gestion de patrimoine, la mode masculine ou le bricolage. Attention : sport, peinture, histoire, politique, cinéma ou santé sont suspects de nous maintenir dans nos zones de confort ! Et vous, des idées « marrantes » pour tromper la monotonie ?

(Bon, si vous avez quelques euros à claquer et un tabac-presse ouvert à moins d’un kilomètre, je vous conseille plutôt le hors série Socialter sur « le réveil des imaginaire »… On s’en reparle !)

Une réponse à « Journal de confinement #13 : la tête et le corps en vrac »

  1. Modes et Travaux ?… 😉

    Entre deux mails de continuité pédagogique, j’ai ressorti mes aiguilles à tricoter (merci à la voisine du dessous qui avait de la laine inutilisée), j’écluse ma pile de revues à lire (l’Histoire, Saisons d’Alsace, Femmes ici et ailleurs), je fais de la musique, les mouvements donnés par le kiné pour ne pas m’encroûter … et je traîne (trop) sur Twitter (anxiogène à souhait mais je n’arrive pas à lâcher) …

    Bises du jour !

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