Journal de confinement #11 : ce que j’y gagne, ce que j’y perds


Journal de confinement / vendredi, mars 27th, 2020

J11. On pourrait jouer à « ce qu’y gagne le climat et l’air que l’on respire, ce qu’y perd l’économie », « ce qu’y gagne Le Pen, ce qu’y perd Macron », mais bon, ce serait un peu facile ou prématuré. Je vous propose plutôt un « ce que j’y gagne, ce que j’y perds », à titre individuel, à portée potentiellement collective, le fameux égrégore, soyons folles (c’est quoi l’inclusif de fou ?). Facile au début, mais quand la liste s’allonge, il faut se creuser un peu le ciboulot.

Je vous propose une liste cinq-cinq, en partie expurgée des éléments compromettants, mais le moins possible, promis… Si vous êtes motivé.e.s, je suis vraiment curieuse d’avoir la vôtre en commentaire. Comme d’hab, mais je prends la précaution oratoire de rigueur, mes réponses n’ont pas de valeur universelle, loin s’en faut : l’idée est de partager mes ressentis et cheminements perso, pour que ce temps passé à regarder le plafond ne soit pas complètement vain.

Ce que j’y gagne

  1. Du temps. Du temps avec moi-même, avec mon mari et mes enfants. On est passé de deux heures par jour avec 20% de temps de cerveau disponible à 14h par jour avec 60% de temps de cerveau dispo. Exponentiel et salvateur en période de pré-adolescence déclarée. Du temps pour écrire, lire et glander. Ce dernier item est encore sous-représenté, mais je compte sur les semaines 4-5-6 pour améliorer cette performance-là. Du temps pour repasser les mouchoirs et les t-shirts aussi, ne vous moquez pas, c’est une forme méditative insuffisamment pratiquée. Du temps pour cuisiner, faire des jus, dormir, enfin. Et c’est plus qu’heureux.
  2. Un retrait… Un répit ? Au printemps 2019, je terminais mes études de naturopathie et démarrais un nouveau livre. A l’automne, l’examen passé, le diplôme obtenu et le livre bouclé, j’enchainais sur la campagne électorale. Le score du premier tour augurant d’une potentielle victoire, pas de pause en vue avant longtemps. Et puis, le confinement… L’action a besoin de se nourrir de l’inaction. Inespéré.
  3. La santé. Hum, ça peut sembler bizarre en pleine crise sanitaire, mais coronavirus mis à part (on l’a, on l’a pas ?), ce temps suspendu permet de poser les jalons, tout doucement, d’un retour à l’équilibre. Plus d’alcool depuis sept jours (j’ai compté), plus de tabac depuis deux jours (enfin), séances d’étirements et yoga quotidien (encore timide, mais je monte en charge), des plats maison et des jus verts… J’entame une détox douce et ne recommande pas d’y aller plus fort en ce moment, surtout si vous pensez être porteur.se (j’y reviendrai) !
  4. La réflexion. Quel plaisir, quel luxe d’avoir enfin le loisir de penser ! De choisir dans la bibliothèque un livre sur l’antisémitisme un jour, un roman d’amour par temps de maladie le lendemain, un essai de psychologie aujourd’hui. Sur le municipalisme libertaire ou la « dictature invisible du numérique » (« L’Homme nu » de Marc Dugain), encore. Et d’avoir plusieurs minutes, plusieurs heures, des jours, pour mettre en perspective leurs enseignements, les faire résonner avec ce que nous vivons, ordonner les idées qui me viennent, les ranger ici ou là, pour avancer avec.
  5. La conscience. C’est ce qui nous sauve en toute occasion, nous immunise durablement contre la peur, la colère et la bêtise, espéré-je. Quand les sensations désagréables m’assaillent, je pleure, râle ou crie. Puis, je regarde à l’intérieur, respire et relativise. Observer l’oppression de la poitrine (la panique), les picotements au bout des doigts (la colère, l’impatience), les larmes au bord des yeux (la tristesse), c’est déjà revenir au centre.
Après 18 mois loin de son instrument, ma fille a repris sa guitare à la faveur d’une oisiveté nouvelle. Depuis, elle joue quatre-cinq heures par jour (MH)

Ce que j’y perds

  1. Ma liberté de mouvement. Je me sens bien chez moi ; je ne fais pas partie de ces personnes entassées dans trop petit à trop nombreux, qui fuient le logement par instinct de survie psy. Mais remplir un formulaire pour amener mes gamins chez leur père pour le week-end ou faire trois courses, ne pas pouvoir quitter mon pâté de maisons et encore moins la région, me pèse émotionnellement. S’entremêlent à cela la déception de ne pas pouvoir sentir l’air marin avant longtemps (souci de riche ?), la colère d’être parmi les confiné.e.s (inutiles), pendant que d’autres vont et viennent, sans logique ni précaution. Ma liberté de mouvement contre l’assurance de « sauver des vies », ok. Contre l’entérinement des inégalités sociales et la promesse de minorer la crise politique, bof.
  2. Du travail. Campagne électorale terminée en queue de poisson, conférences annulées, formation programmée en mai sans doute reportée (j’attends), les jobs vont se faire rares dans les prochains mois. Et pas sûr que la levée du confinement signe une reprise tous azimuts… A suivre.
  3. Une confortable semi-conscience. J’ai beau faire partie de ceux qui militent pour un freinage d’urgence de la croissance, persuadée que les maux de la modernité (pollutions & anthropisation mortelles, extinction massive des espèces, drames sociaux aux quatre coins du monde…) ne sont que la face émergée de l’iceberg, j’aimais à penser, comme nombre de collapsologues, qu’on avait encore un peu le temps. Suffisamment en tout cas pour justifier un engagement politique et proposer au plus grand nombre de « préparer l’avenir ». Sauf que l’avenir s’est pointé plus tôt que prévu. Et que ceux qui pourraient fanfaronner en mode « on vous l’avait bien dit » en ont la chique coupée.
  4. Mes dernières illusions. Dans la continuité du point précédent, je ne sais pas ce que je m’étais imaginée : des institutions prévoyantes et réactives, des milliards de dollars / d’euros mis aux bons endroits, des politiques épris de démocratie, soucieux d’informer et de protéger les citoyens qu’ils représentent ? Comme quoi, lire des tas de livres, des centaines d’articles, visionner des documentaires quotidiennement pendant des années ne m’a pas protégée contre une certaine naïveté. Je la soupçonne d’être un bouclier efficace contre le pessimisme ambiant et la dépression. Mais l’ôter pour mieux penser, ce serait pas mal de temps en temps.
  5. Une sociabilité. J’aime être avec les autres, qui peuvent être une belle source d’énergie, mais en pomper tout autant. Donc, ne plus voir personne pendant un temps n’est pas un mal. Mon appart, ce monastère cistercien (le week-end). Mais un resto ou une terrasse avec du monde autour, un apéro entre copin.e.s, une réunion de travail, une ambiance de groupe, ça me manque (un peu). Je n’imagine qu’à peine l’isolement physique des personnes qui vivent seules en ce moment.

J’ai vu que des sujets sur la sexualité confinée ou l’accès aux drogues commençaient à tourner sur la toile (entendez : Facebook, Twitter &co). Je ne vais pas me lancer sur ces terrains-là…

Mais : pour suivre l’actualité, je vous renvoie vers le site d’infos The Conversation et ses sujets de société traités par des universitaires, vers les articles plus légers de Slate, vers LeMonde.fr pour les points quotidiens, ou la gestion de la crise version locale sur Rue89 Strasbourg. Et une chouette (et intéressante) petite vidéo pour la route :

2 réponses à « Journal de confinement #11 : ce que j’y gagne, ce que j’y perds »

  1. Je n’arrive pas à introspecter … (c’est pas français, je sais …) 😉
    Bises !
    (si, un truc, j’y gagne de faire mon métier sans les élèves -même si c’est dur et compliqué – sans le bruit, le stress … Et je sais que je n’y retournerai plus jamais, quel que soit le jour de la reprise).

  2. courage, j’étais confinée préventivement au retour d’un voyage féérique par les aéroports Nice et Lyon, en pleine confusion, et aujourd’hui, j’étais livrée à domicile par une charmante ambassadrice du ZERO-Déchets, presque végétarienne, comme moi, VRAC, DRIVE, TOOTOPOIDS , à domicile, avant son marché hebdomadaire, du samedi matin: des anges passent pour que la planète vive, malgré tout , courage, prenez soin de vous , compassion pour les malades et solidarité , merci à tous ceux qui sont sur le front , en service, persévérance,

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