Journal de confinement #10 : immunité des espaces verts


Journal de confinement / jeudi, mars 26th, 2020

J10. DIX. Le bourdonnement de la tondeuse à gazon m’horripile. Alors que je commençais à me faire doucement à notre claustration forcée, le hiatus avec ce qui est en train de se passer en bas de mon immeuble me fait complètement vriller. Comment est-il possible que le gouvernement autorise la société chargée de l’entretien des espaces verts de ma copro à venir bosser en période de confinement ? Notre gazon trop ras, qui me fait lever les yeux au ciel habituellement, me révolte franchement cet après-midi, « privilégiée » que je suis d’être coincée avec mari et enfants entre mes quatre murs.

Que font les jardiniers dans nos allées ?

Ce n’est pas faute d’avoir râlé auprès du syndic, qui renvoie la balle au paysagiste. Pas ma faute, celle du voisin. J’ai honte. Car, si le COVID-19 met la santé publique en danger et les hôpitaux en grande tension, « proches du point de rupture » en Ile-de-France et dans le Grand Est (d’où je vous parle), avec des morts par milliers à la clé, alors, que font ces jardiniers dans nos allées ? Nos pelouses n’ont rien de comparables avec les serres d’un maraîcher, que je sache ! On est loin, très loin de l’urgence vitale. Et ce sera la même avec le ménage de la cage d’escalier ou la sortie des poubelles. J’ai honte.

Je bouillonne littéralement. Contre moi, contre mes voisins qui refusent tout changement dans leurs petites habitudes, contre les décisions politiques incohérentes, le manque de sérieux avec lequel cette crise, comme la crise sociale et environnementale mondiale, est gérée. C’est bien la première fois, ces derniers jours, que je ressens de la colère. Mais, bon sang, quelle est la logique ? Je dois remplir un formulaire – qui a changé, il faut en réimprimer avec le peu d’encre qu’il me reste, ça plutôt que les fiches de sciences de Sixième, à devenir chèvre -, tout ça pour avoir le droit de faire le tour du pâté de maisons avec mes enfants ! Tandis que des ouvriers, des livreurs, des manutentionnaires ou des jardiniers, doivent continuer à bosser dans des domaines non-essentiels, non-vitaux, voire anti-vitaux ?

Immunité de groupe ?

Y aurait-il un objectif inavoué, celui de permettre au virus de continuer à circuler afin d’atteindre une « immunité de groupe », correspondant à environ 65% de la population, et permettant d’éviter un second pic post-confinement ? Auquel cas, les petites mains du capitalisme seraient officieusement chargées d’assurer cette diffusion, pendant que les cadres et les chômeurs attendraient sagement à la maison ? Non. Non ?

Depuis trois jours, cette vidéo d’Aurélien Barrau (ci-dessous), astrophysicien médiatique, auteur et orateur talentueux, tourne sur les réseaux. Elle « dit tout », de l’aveu d’un copain médecin, converti aux urgences écologique et climatique. Elle remet surtout la « catastrophe coronavirus » occidentalo-centrée en perspective des drames qui surviennent chaque année loin de nous : famines, phénomènes météo dévastateurs, conflits pour les ressources, pollution de l’air, sans parler des conséquences à venir d’un réchauffement à +5° à la fin du siècle et son cortège de canicules mortelles.

J’avais prévu de parler de slow life aujourd’hui. Cette vie entière, ou ces plages de vie au ralenti dont il ne peut, en temps « normal », ressortir que du bon. Et qui, par temps de confinement, peuvent séduire les plus actif.ve.s d’entre nous, invité.e.s à se tourner (un peu) vers eux et vers leurs proches. Pour nous qui sommes habituellement happé.e.s, voire phagocyté.e.s par une sociabilité dévorante, une gageure, un chemin de salut. En restant consciente (on m’en ferait sinon le reproche) que « le confinement se décline différemment selon sa place dans la société »

Mais je repousse le topo. Pas de slow aujourd’hui pour moi, entre les devoirs d’allemand du petit, Mon Bureau Numérique qui plante quand ma grande se met enfin à son bureau, les tâches ménagères et la tension qui monte entre nous quatre. Demain, je médite, demain, je lâche, demain, je vous inspire, enfin j’espère.

L’écriture, outil de structuration de la pensée

Après dix jours de ce journal, merci à toutes celles et ceux qui me font des retours sympas, à vous qui me suivez au quotidien, qui adhérez ou non au contenu, mais qui prenez le temps de passer par là. J’écris autant pour vous que pour moi. L’inverse, plus sûrement. L’écriture m’aide à structurer mes idées dans cette période inédite, comme elle l’a toujours fait. A ce propos, je vous invite à ré-écouter le podcast de Pénélope à propos de ce « journal intérieur » qui irrigue ma vie depuis si longtemps. La vôtre peut-être aussi ? Et portez-vous bien !

4 réponses à « Journal de confinement #10 : immunité des espaces verts »

  1. Je n’imprime pas les formulaires. je les recopie à la main sur le dos de papier de brouillon, des imprimés tels que pub, missives de la sécu ou de la banque sans intérêt…gardés au fil du temps. C’est le moment de les écouler ! Je ne recopie pas toutes les propositions juste celle qui concerne cette sortie. 1/2 page ou moins suffit ! Jusqu’à présent, je tournais avec deux papiers : un pour les courses et l’autre pour le tour du pâté de maison. Je mettais la date au crayon et la gommais lors des course suivantes. Maintenant, c’est interdit. L’attestation doit être remplie à l’encre avec l’heure de départ. Je ne l’ai pas encore fait, mais j’envisage de rayer la date et la changer pour la réutiliser mais je ne sais pas si c’est légal. Tout le monde n’a pas d’imprimante à la maison et à l’heure du zéro papier, où tout se passe par ordi ou tel, on n’a plus obligatoirement de feuilles chez soi….

  2. merci pour votre partage, je comprends votre colère, méditons, respirons, pour que chacun reste calme et fort, pour soi, pour sa famille et pour notre planète. Bonne santé.

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