Devenir autrice ou écrivaine, un rêve nécessaire, mais suffisant ?


Mon chemin de vie / mercredi, février 27th, 2019

« Sophie et le peuple des nains », c’était le titre de mon premier roman. Je devais avoir 8 ou 10 ans. Puis, à cette petite histoire, je donnais une suite, un après-midi oisif dans le studio d’enregistrement où travaillait mon père. Plus tard, au collège, je rédigeai une nouvelle dont je ne me souviens pas même du thème, mais qui me valut la remise d’un prix des mains de Jean Tiberi, premier adjoint de Jacques Chirac, maire de Paris (la ville où j’ai grandi) à l’époque.

Réflexion marketing, tonalité et forme du récit

Des centaines d’articles, de suppléments magazines, de gazettes et d’éditos plus tard, au tournant de la trentaine, je me lançai dans l’écriture d’un premier « vrai livre » politico-régional, rapidement avorté faute de temps. Deux ans plus tard, je rédigeai enfin un ouvrage complet, d’environ 200 pages, sur ma transition écologique. J’envoyai le manuscrit en version papier à une dizaine de mes éditeurs favoris dans le domaine. Trois d’entre eux me gratifièrent d’un échange encourageant, avant de décliner finalement tout engagement (dont un refus de ma part).

Dépitée, j’actai mon manque de réflexion marketing autour de ce livre, sa dimension sans doute trop intello – plus de 100 références bibliographiques y étaient commentées – et sa tonalité écolo-gauchiste peu compatible avec celle, plus intimiste, du témoignage personnel. Deux ans de blanc (encore) s’en suivirent, jusqu’au démarrage, fin 2017, d’un nouvel ouvrage, bouclé l’été dernier. Dès l’idée germée, je sus que ce livre-ci serait lu, quelle que soit sa forme, papier ou numérique.

Recueil de témoignages sur le métier de naturopathe

Ce nouveau livre, recueil de témoignages sur le métier de naturopathe, devrait effectivement voir le jour dans le courant de cette année 2019. J’ai conçu et vécu sa rédaction comme un marathon de 8 mois, alternant interviews, retranscriptions, recherches, écriture et relectures sur mes heures de sommeil, en plus du reste. Puis vint le temps de la recherche d’un éditeur, celle des impressions d’exemplaires papier (très très chères !) destinés aux maisons qui refusent les manuscrits PDF (il y en a encore pléthore !), des envois mails, de l’attente, et finalement des refus.

Faire éditer son livre est un parcours du combattant, un chemin de croix où la patience et l’estime de soi sont bien mises à mal. Les éditeurs semblent travailler principalement sur commandes ou avec leurs auteurs « maisons », de ce fait, rares sont les manuscrits d’inconnus à être retenus pour publication. Les retours que j’ai eus furent cordiaux voire élogieux, mais je reçus surtout des lettres types certes encourageantes mais laconiques, et systématiquement négatives. Certains éditeurs se sont proposés de me parrainer pour l’édition d’un ebook, d’autres m’ont indiqué qu’ils avaient dans leur collection des ouvrages similaires… que j’ai cherchés, en vain.

Tenir mon livre entre mes mains, mon rêve d’enfant

Après ces déboires, ces espoirs douchés, cette attente interminable (6 mois !) à mes yeux, j’ai reçu aujourd’hui une proposition de contrat de la part d’un éditeur spécialisé. Je touche du bois, l’affaire est presque faite ! Néanmoins, je ne parviens pas tout à fait à me réjouir… Pourtant, tenir mon livre entre mes mains, c’est mon rêve. Un vieux rêve. Devenir « écrivaine », « autrice », c’est la réponse que je donnais à tout ceux qui me demandaient, enfant, ce que je voulais faire plus tard !

Alors, qu’est-ce qui coince ? La frustration, peut-être, de ne pas avoir eu plus de prise sur les rouages lents et arbitraires du monde de l’édition ? L’impression, au fond, de ne pas être à la hauteur des auteurs que j’admire ? Les incertitudes sur cette « carrière » que je me suis construite, à mi-chemin entre diverses professions, spécialités, centres d’intérêts ? Pour tirer tout cela au clair, j’ai pu compter l’année dernière sur les conseils d’un ami coach, Christophe Coupas. Après plusieurs séances, mes idées se sont un peu éclaircies, et l’accent mis sur mes projets d’écriture.

Composer entre plusieurs impératifs

Mais les mois ont passé et je me suis focalisée sur la naturopathie, l’installation de mon cabinet, la participation ponctuelle à la vie du média que j’ai contribué à créer il y a 7 ans, Rue89 Strasbourg, mes client.es en désencombrement et portage bébé, mes conférences sur le zéro déchet… Si l’écriture me rattrape – j’ai au moins trois projets de livres dans ma besace – je comprends désormais que je dois composer entre plusieurs impératifs : l’enthousiasme que me procure le démarrage de ces projets, la nécessité de rentrer de l’argent, l’envie d’écrire et de transmettre, le besoin de cohérence entre ces multiples activités, malgré tout.

C’est un peu ce que j’abordais cet hiver dans le podcast de Pénélope Cardera : quel fil rouge, quelle direction globale donner à sa vie ? Pour moi : l’écriture et la transmission. Très régulièrement, néanmoins, je suis en proie au doute : je me compare à plus jeune.s, plus brillant.es, plus successful. Mon mental s’affole, mon ego patine, rumine, angoisse. « Le temps passe trop vite ! » me hurle-t-il. J’ai des enfants à élever, mais aussi des envies de voyages, d’habiter ailleurs, de travailler à fond sur les projets qui me portent. Comment tout combiner, comment faire mieux, comment devenir l’autrice et la naturopathe sereine, reconnue et libre que j’ambitionne de devenir ?

La transmission, par différents canaux

Si ces questions me taraudent et me pourrissent bien (trop) souvent la vie, j’y réponds par un travail de lâcher-prise, par un regain de patience et une conscientisation des ressorts perfectionnistes et parfois auto-destructeurs qu’elle met au jour. Editer ce livre est très important pour moi – j’espère qu’il vous plaira et vous dirai tout du timing à venir – mais je comprends désormais que ce ne sont pas ces objets livres, avec mon nom imprimé dessus, qui me rendront (forcément) heureuse.

La satisfaction de pouvoir transmettre ces informations et ces témoignages que j’ai recueillis avec beaucoup de gratitude, de faire profiter à d’autres futur.es naturopathes de ce savoir accumulé, est majeure. Mais à présent, j’ai compris que cette transmission des valeurs, cette nécessaire mise en mots de l’expérience et du savoir (sic), passe par des tas de canaux différents, par les consultations, les conférences, les ateliers, les articles dans des journaux ou les billets sur ce blog.

Et vous, quelle mission de vie vous assignez-vous ? Avez-vous des difficultés à corréler travail, occupation quotidienne, valeurs et rêves d’enfant ?

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