Dans l’univers des surdoué.es


Mon chemin de vie / vendredi, novembre 22nd, 2019

Il y a quelques mois, j’ai mis les pieds dans un univers inconnu de moi, celui des « surdoués », des « zèbres », de la « douance » (sic). C’est arrivé après des années de questionnements, engendrés par les plaintes répétées de mon fils et son « ennui » infini à l’école, des années de réflexions sur le perfectionnisme et l’auto-dévaluation de ma fille. Sur mon propre parcours, aussi.

Grâce à des amies, des mères le plus souvent, alertées par les difficultés ou l’étrangeté du comportement de leurs propres enfants, des parents finalement, ayant fait passer des tests à leurs rejetons, j’ai commencé à lire sur le sujet. Béatrice Millêtre d’abord, qui s’attache à décrire le fonctionnement cognitif des personnes de tendance « cerveau droit », intuitives, créatives, complexes, qui pensent en arborescence et représenteraient quelque 30% de la population. Dans les deux livres que j’ai lus de cette psychologue, « Petit guide à l’usage des gens intelligents qui ne se trouvent pas très doués » (Payot Psy) et « Petit guide à l’usage des parents qui pensent à juste titre que leur enfant est doué » (Petite Biblio Payot), très proches en terme de contenus, je nous ai reconnus à de nombreuses reprises.

Ni rêveurs, ni trouble-fête

Et puis, j’ai laissé tomber. Mes enfants ont de bons résultats scolaires (l’un se balade sans tellement « travailler », l’autre bûche comme une folle sans se rendre compte qu’elle ne perdrait pas grand-chose à en faire beaucoup moins…), ils ne sont qualifiés ni de rêveurs, ni de trouble-fête par les profs, situations possibles avec des enfants dits à « haut potentiel » non-diagnostiqués. Ils se fondent assez bien dans la masse, sans pour autant s’y épanouir vraiment. Bref, pour mes deux enfants, l’école serait un « mal » nécessaire, un « bien » déguisé en contrainte. Un passage obligé que je / nous nous sommes toujours efforcés de limiter au strict minimum : pas de cantine ou de périscolaire, et beaucoup de temps avec les parents.

Et puis, un coup de fil du collège a réactivé ma recherche. Je ne décris pas le contenu des échanges, il s’agit de la vie privée de ma fille. Mais, toute à mes lectures, une ambivalence est réapparue : je suis à la fois excitée, fascinée par cette possible « douance » que nous porterions collectivement (je me reconnais dans les bouquins, autant que j’y vois apparaître certains traits caractéristiques de mes enfants…) et perplexe quant à l’opportunité de passer des test de QI.

Ma fille le dit mieux que moi : « Et ça changerait quoi ? » Pire : « Et si on ratait le test, qu’on était normaux finalement ? » D’après les ami.es, les autrices (Millêtre, mais aussi Arielle Adda, Christelle Petitcollin ou Monique de Kermadec), notre médecin homéopathe ou, à demi-mots, l’institution scolaire (ça fait du monde), c’est mieux de « savoir ». C’est ce que j’ai répondu benoîtement, alors que ce qui me motive est peut-être uniquement ma curiosité dévorante… Autres justifications au passage des tests : accompagner de façon plus pertinente, sortir d’une potentielle souffrance, en prévenir d’autres, possibles, notamment à l’adolescence.

Questionnements existentiels sans fin, curiosité insatiable

Alors que rien n’est décidé, que les rendez-vous sont loin d’être pris, reste cette crainte, celle du « syndrome de l’imposteur ». Il me concerne moi, Marie. Si je « rate » un tel test, si j’ai un QI moyen, quelle excuse intrapersonnelle pourrais-je encore trouver à ma curiosité insatiable, à mes questionnements existentiels sans fin, à mon insatisfaction intense quoique (heureusement) inconstante, aux liens qui se tissent instantanément dans ma tête dès lors qu’on aborde tel ou tel sujet avec moi ou autour de moi ? Comment expliquer ces années de « décalage » entre ce que j’étais, plus jeune, et les attentes de mon entourage ? Mon incapacité à m’adapter ou, dans d’autres contextes, mes facultés d’empathie et de caméléon perturbantes ? Bref, cette affaire me paraît risquée : et s’il était finalement plus confortable de ne pas savoir, de garder au chaud cette possibilité d’être réellement à part, ou, à tout le moins, d’avoir une « excuse » valable pour l’être ?

Je pose cela ici, parce que je sais votre bienveillance, vos encouragements, les échos que cela peut faire raisonner en vous. N’hésitez à partager vos expériences, je vous en serai très reconnaissante. Affaire à suivre !

[Ressource transmise : le travail de Jeanne Siaud-Facchin et du centre Cogit’oz. Si vous avez d’autres liens vers des personnes spécialisées, à Strasbourg ou sur le web, c’est en commentaires que ça se passe !]

10 réponses à « Dans l’univers des surdoué.es »

  1. N°4 a fait le test, il est « au dessus », sans l’être trop … ça explique des trucs, c’est plus « confortable » pour nous de savoir … Mais sinon, comme pour tes gamins, l’école en « mal nécessaire » et « bien » déguisé en contrainte …

  2. J’ai passé le fameux test il y a un an, cela a été une révélation pour moi, je ne regrette pas de l’avoir fait même si j’avais également cette crainte « d’échouer ». Chacun le vit différemment, j’ai un ami qui a été détecté HPI enfant et s’est senti différent et anormal. Un autre ami adulte ne souhaite pas passer le test alors qu’il est évident pour moi qu’il est HPI.
    Je pense que chacun doit être libre de sa décision, si un jour j’ai des enfants je leur laisserai le choix de passer le test ou non, et dans tous les cas ne les scolariserai pas dans le système de l’éducation nationale, qui est à mon sens un véritable calvaire pour tous les enfants HPI.
    J’ai un contact d’une psychologue sur Strasbourg qui est très sérieuse dans la passation des tests si quelqu’un le souhaite.

      1. Bonjour Marie, nous nous sommes rencontrés au CEE. Moi et plusieurs d’entre nous dans ma famille sommes concernés. Concernant les tests, il est important de savoir qu’ils sont conçus de façon à ce qu’il y ait 15% de surdoués dans la population donc attention aux faux négatifs. Cela a été le cas pour mon fils lorsqu’il avait une dizaine d’années et je crois que cela l’a en fait plutôt rassuré sur le coup. En effet, ce n’est pas indispensable de savoir, néanmoins cela apporte une certaine paix intérieure. Pour ce qui me concerne, mes parents et frères et sœurs ont toujours librement discuté sur le fait que j’étais douée, et moi je savais que j’avais des perceptions différentes. Je l’ai complètement intégré récemment pourtant, quand 2 connaissances provenant d’horizons différents m’ont tenu le même discours : « as-tu déjà entendus parlé des zèbres ? Tu pourrais être concernée… moi, je le suis… » Les signes étaient suffisamment fort pour que je les écoute. Pour ce qui me concerne, quand je me remémore les échanges que nous avons eu, cela ne m’étonnerait pas que tu fasses partie de la famille ! Pour moi, plus fiable qu’un test : Demande a des adultes qui le sont ce qu’ils en pensent te concernant ! Pour les enfants (12 et 16 ans), au final nous avons écouté une conférence (Que je peux t’envoyer) en famille et nous leur avons laissé la place de s’exprimer sur le sujet et avons partagé pour ce qui nous concerne.

  3. Bravo pour votre article!
    Mes 3 enfants sont HP avec des troubles associés, TDAH et DYS et c’est grâce à eux que je me suis découverte ainsi que mon mari et que nous comprenons enfin notre fonctionnement et notre parcours.
    J’ai créé il y a un peu plus d’un an une association, TypiK’AtypiK, pour informer sur ces sujets, former, mais surtout accompagner et soutenir les familles d’enfants atypiques, souvent démunies, dans l’errance, la souffrance parfois, qui doivent faire face au jugement et à la critique…
    Bref il y a un énorme besoin et tant à faire pour que nos mentalités sur ces sujets évoluent!
    J’espère que nous pourrons nous rencontrer à l’occasion…
    Virginie Bouslama

  4. Salut!! Je t’avais raconté il y a 2 ans, que je l’ai passé le test. HP, soit, je doute toujours du résultat. TDAH aussi, là, un an pour aller consulter une neuropsy qui a confirmé. Mes verrous ont sauté, passer de la déprime à la joie de savoir parce que je n’avais plus besoin de culpabilité. Mais au final. La moitié des gens que je fréquente le sont ou s’interroge sur le sujet. Ma cadette a été testé aussi, QI normal, pas de TDAH, alors que tout le monde aurait mis sa main au feu. Elle est repartie en colère avec sa sensibilité qui n’a  » pas cette explication », alors que son profil colle à TOUS les descriptifs. Et un test de personnalité qui dit aussi qu’elle est un caméléon qui peut se moudre dans tous les moules, comme moi enfant. A-t-elle trafiqué son test pour être « normal »? Est-ce que le test dépend aussi de notre bain de culture comme me le dise ou l’écrive certains? Vue qu’elle est dans une école alternative. Nous sommes reparties avec nos questions. Est ce qu’on se fait tous des films vouloir trouver une réponse à notre « décalage »? Je suis pas plus décalée que la plupart des gens que je fréquente ( puisqu’ils lisent les même bouquins que tu sites). Au final…on est tous « Normal » et le décalé de quelqu’un d’autres. Cependant, j’ai pris pendant quelques mois des médicaments pour m’aider avec le TDAH, j’ai vu le monde « normal » et l’arrêt à été dur. Mais aujourd’hui j’assume le TDAH, pas la douance.

    1. Effectivement, la question des « cases » sociologiques est centrale. Est-ce qu’il est si important de mettre des mots sur tel ou tel aspect de nos personnalités pour avoir le « droit » de les exprimer ? je ne l’espère pas, mais suis au regret de constater que ces décalages créent des malaises vis à vis des « autres », notamment dans le cadre professionnel ou scolaire. Dans le couple aussi parfois. Si nous vivions dans un univers bienveillant, qui permet le respect de toutes les personnes, sans impératifs de productivité, types de rêves, modes de fonctionnement normalisés, etc. ce serait super… mais c’est loin d’être le cas. Conclusion, je continue à lire, à réfléchir, à discuter avec des ami.es, avec mes enfants, en ressortira forcément quelque chose de positif 😉 bisous !!

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