Comment la santé peut devenir une priorité politique locale


Naturopathie, Vivre la ville / lundi, octobre 28th, 2019

Avertissement : dans un souci de cohérence globale de toutes les strates de ma vie, il me semble plus qu’essentiel de vous entretenir de ce qui m’habite ces dernières semaines. Au milieu des révisions, des jobs divers et de la trame en construction de mon futur roman (hiiii), c’est du futur de nos villes que je me préoccupe en ce moment. Journaliste politique naguère et militante associative entre-temps, je ne peux dissocier mon approche d’éducatrice de santé et encore moins d’écologiste, des enjeux de société qui agitent notre monde.

La santé publique, une des prérogatives municipales

Dans 5 mois, nous élirons de nouvelles équipes municipales, partout en France. Elles mèneront des politiques publiques dans de très nombreux domaines pendant les 6 prochaines années (2020-2026) : écoles, commerces et tourisme, transports urbains, urbanisme et logement, cultes et culture, sport et… santé, figurent parmi les prérogatives très étendues des élus municipaux.

En politique, outre les plans vaccinaux nationaux, la santé publique est souvent abordée sous l’angle de la prévention secondaire, c’est à dire quand la maladie est déjà là. C’est le cas avec le dépistage des pathologies installées ou la prévention des récidives.

Strasbourg, berceau du « sport santé sur ordonnance »

A Strasbourg, depuis 2012, l’équipe municipale (poussée par l’adjoint à la santé et médecin Alexandre Feltz) a pris une option intermédiaire avec un dispositif nouveau, qui, par un décret de 2017, a fait école dans toute la France : celui du « sport santé sur ordonnance », réservé aux personnes souffrant d’affections longue durée :

  • obésité avec Indice de Masse Corporelle supérieur à 30,
  • diabète de type 2,
  • maladies cardiovasculaires stabilisées, après un infarctus ou un accident vasculaire cérébral,
  • cancers du sein et du colon en rémission depuis 6 mois,
  • VIH/SIDA,
  • personnes âgées fragilisées dans le cadre de la prévention des chutes.

Autres axes abordés : la prise en charge des enfants obèses (programme PRECCOSS), la création de maisons urbaines de santé, et celle (très controversée) d’une salle de consommation à moindre risques pour les personnes souffrant d’addiction aux drogues dures (salle de shoot).

Le carburant du corps et le bain dans lequel il trempe

Avec, en mains, les cartes de la naturopathie et celles de l’écologie, c’est naturellement vers la prévention primaire active qu’il me semble temps de se tourner. Car la santé n’est pas l’absence de maladie, mais l’optimisation de son capital vital.

Ce capital dépend à la fois du carburant que l’on met dans notre corps (l’alimentation !), mais également du « bain » dans lequel il trempe. Bain au sens propre : qualité de l’eau, de l’air, des sols, ondes électromagnétiques aussi ; et bain au sens figuré, celui qui fait notre santé psychique : relations positives, familiales, amicales, amoureuses, communautaires, mais aussi sens que l’on met dans chaque geste, dans notre quotidien, dans notre travail…

Comment une municipalité peut-elle s’investir sur ces divers sujets, hyper-transversaux ? En actant d’abord que la  pleine santé n’est pas (qu’) une affaire de médecins, mais une notion, un objectif, qui doit infuser dans toutes les strates de la société. Elle passe par l’alimentation donc, mais aussi par la qualité de l’air, les rythmes et le cadre de vie et de travail, les liens tissés à l’échelle de sa ville. Et donc, par extension, elle touche à de nombreuses compétences municipales : agriculture urbaine, transports et énergie, éducation, soutien aux associations, etc.

Santé environnementale et résilience alimentaire

Si elle ne recouvre, de façon réductrice, qu’une petite partie du sujet, il est heureux que la « santé environnementale », impact des polluants sur la santé : empoisonnements professionnels aux métaux lourds, perturbateurs endocriniens ou particules fines, devienne progressivement incontournable. Une bonne part de cette thématique ne dépend pas de l’échelon municipal, mais de réglementations agro-industrielles au niveau national et surtout européen (PE ou additifs alimentaires par exemples).

Néanmoins, une ville peut agir sur la qualité de l’air que nous respirons, par des choix énergétiques ou de circulation : interdiction des camions et du diesel (attention aux retombées climaticides de la vignette Crit’Air !), transports publics gratuits, dernier kilomètre propre, sobriété énergétique et développement du renouvelable… Bien évidemment, l’implantation d’activités polluantes ou la construction de nouvelles voies routières est à proscrire, tout comme le maintien sous perfusion d’argent public des artefacts d’une mondialisation destructrice : aérien subventionné, port à conteneurs internationaux, autoroutes à péage…

En lien avec l’environnement toujours, la question de l’alimentation pesticidée, dont les résidus s’accumulent dans notre organisme, encrassent nos organes d’élimination et troublent notre métabolisme. Une ville peut s’engager dans la création d’une ceinture maraîchère en BIO, garantissant aux citoyens une alimentation locale sans intrants chimiques, bien distribuée (marchés, halle, paniers…) et abordable.

Ceinture maraîchère veut dire gel de l’artificialisation des terres agricoles en limite d’urbanisation, dans la ville-centre (Strasbourg) comme dans les communes limitrophes ! Avec la fin probable de l’ère thermo-industrielle (lire Pablo Servigne !), à moyen ou long terme, la résilience alimentaire non-pesticidée doit être une priorité.

Faire baisser le stress et créer du lien

Les leviers sont innombrables : cours de cuisine végétale dans les centres socio-culturels, visites scolaires sur les exploitations maraichères locales, fin des aides à l’installation pour les moyennes et grandes surfaces d’alimentation industrielle, création d’une halle maraichère permanente au centre-ville ou dans les quartiers périphériques, aide à la création de centres de bien-être, de soins naturels…

Mais aussi : accès facilité à la nature (auquel mes guides de balades participent et j’en suis très fière !), accès à des lieux de réunion, des « communs » indispensables à la création de liens. Ce sont les places et les parcs bien sûr, en été, mais aussi des salles municipales d’accès gratuit, etc. Logement, crèches, écoles… chaque sujet de compétence municipale peut participer à faire baisser le stress chez les habitants, à leur assurer plus de sérénité, de confiance et donc, une meilleure santé.

Pour moi, cette pleine santé passe aussi et avant tout par un sentiment d’autonomie, de capacité de choix, de maitrise. Avoir prise sur notre propre vie, rendue possible par la connaissance, par l’éducation, par l’échange. (Education à l’alimentation par exemple. Quand je vois ce que me racontent mes enfants en rentrant à la maison après les journées « semaine du goût » à l’école, je suis effarée…) C’est notre état d’esprit global qu’il s’agit de faire évoluer.

De l’administré au citoyen, actif et autonome

L’administré, passif, peut devenir un citoyen, actif et autonome. Objectif : s’approprier sa ville, dont on a trop souvent l’impression qu’elle appartient aux élus ou aux agents publics, ne pas être perpétuellement dans l’attente d’une manne qui viendrait d’en haut : attendre son logement social, sa place en crèche, son permis de construire. Mais au contraire, proposer, inventer, construire (son habitat léger par exemple, avec la possibilité de s’installer dans des tiny houses…).

Notre santé, physique et psychique, dépend de cette capacité à être acteur.trice de notre vie. Cela passe par du lien entre les gens (en finir avec la résidentialisation ! J’en parlais ici sur Hautepierre), par une autre vision du monde et surtout de nous-mêmes. Nous ne sommes ni des victimes, ni des êtres mauvais par essence. Il ne tient qu’à nous, à travers cette échéance électorale particulière, de construire une société consciente, bienveillante et dynamique, au sens humain et non pas économique du terme.

Si vous avez des idées concrètes, je suis preneuse en commentaires !

Une réponse à « Comment la santé peut devenir une priorité politique locale »

  1. Il faut s’inquiéter de l’arrivée prochaine de la 5G😕
    Je ne parle même pas de la qualité de l’air j’habite en plein centre-ville, tu peux imaginer les dégâts

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