Celles qui partent #4 – Julia : « Je suis partie enceinte de notre deuxième fille »


Celles qui partent / vendredi, mai 17th, 2019

Julia, allemande installée en France, a quitté Bastien il y a deux ans, enceinte de 4 mois de leur deuxième enfant. La trentaine tous les deux, ils étaient ensemble depuis 12 ans. Pour leurs deux fillettes, âgées de 5 ans et 15 mois aujourd’hui, Julia et Bastien ont choisi la garde alternée. Julia raconte leur désamour, précipité par l’arrivée des enfants, et sa nouvelle vie, à la découverte d’elle-même.

Comme ceux d’Anna, de Léonie ou de Margot, les prénoms de Julia et de son ex-compagnon ont été changés, leur anonymat préservé au maximum. Si vous reconnaissez leur histoire, merci de rester discret.e en commentaire, ici ou sur les réseaux sociaux. Ce qui doit nous rassembler, nous nourrir, n’est pas l’expérience d’une femme en particulier, mais les similitudes entre nos histoires, les solutions trouvées et le mieux-être ressenti. Néanmoins, n’hésitez pas à partager vos expériences en commentaires, à faire circuler ces billets, pour faire vivre la série et l’étoffer toujours un peu plus.

« Il n’était pas très emballé à l’idée de faire des enfants »

Julia : « On s’est mis ensemble à 22 ans, c’était notre première relation à tous les deux. Pendant nos études, on a habité dans des villes différentes pendant cinq ans, moi en Allemagne, lui en France. Ensuite, je suis venue habiter avec lui en France et on a vécu comme jeunes professionnels sans enfants pendant quelques années, avec une vie sociale intense et des apéros presque tous les soirs… C’était bien, très sympa. Et puis, vers 30 ans, on est parti assez longtemps en voyage. J’avais envie de faire un enfant à ce moment-là. Je lui en ai parlé, lui n’était pas trop emballé par l’idée. J’étais super déçue, j’ai pleuré, il a vécu ça comme une sorte de pression et, quelques jours après, il m’a finalement dit que c’était une bonne idée. Ça a marché quasiment tout de suite, je suis revenue de voyage enceinte de cinq mois. »

« Le fait que Bastien n’ait pas été moteur dans ce choix nous a compliqué la vie après. La naissance de notre première fille et la première année avec elle ont été les facteurs qui ont mené à la crise. Il y avait évidemment d’autres choses qui se seraient révélées être des problèmes plus tard, mais ça a été le catalyseur. Pendant cette première année, notre fille a beaucoup pleuré, je dormais très très mal, presque pas, et Bastien a repris le travail assez vite à 80%, mais il faisait les gardes à la crèche parentale le cinquième jour. Pour lui, ça faisait beaucoup. Je m’occupais à plein temps du bébé et j’étais super fatiguée. »

« Des conflits éducatifs et culturels »

Julia : « On allait assez mal tous les deux, Bastien s’est retrouvé carrément dépressif au bout de quelques mois. Je n’avais pas la force de m’occuper de lui et je lui en voulais qu’il ne soit pas aussi disponible et patient avec le bébé que je l’aurais souhaité. Je le connaissais comme quelqu’un de très gentil et il était devenu complètement différent, il pouvait passer des week-ends entiers sans parler… Bastien considérait qu’il y avait ce bébé qui accaparait toute l’attention, lui qui devait fonctionner en non-stop et moi qui ne m’occupais même plus de lui. S’il avait eu la possibilité de prendre un vrai congé paternité, je ne sais pas si ça aurait tout résolu, mais ça aurait quand même beaucoup aidé. »

« Avec le recul, je pense qu’on a aussi fait des erreurs : les gens nous avaient conseillé d’amener le bébé partout avec nous, nous assurant qu’elle dormirait sans problème. Sauf qu’avec notre fille, ça n’a pas marché : elle n’a jamais dormi, elle était de plus en plus fatiguée et excitée… On avait aussi un petit conflit éducatif sur l’endormissement : Bastien voulait la laisser pleurer pour qu’elle s’endorme seule, alors que moi je la trouvais trop jeune pour cette technique, vers huit mois. Je ne sais pas si ça se fait plus en France, mais en Allemagne on pense plutôt que les petits bébés ont besoin de se sentir rassurés, qu’ils ont une peur existentielle quand on les laisse seuls. Ses amis à lui nous incitaient à la laisser pleurer, les miens avaient une opinion complètement différente. Je pense que c’est une différence de culture, ou peut-être un hasard ? [Rires] »

« On a été très déçu l’un par l’autre »

Julia : « On a été très déçu l’un par l’autre, lui parce que je ne m’occupais pas de lui, moi parce qu’il n’assurait pas. Au final, il n’aimait pas du tout la vie de famille et pour moi, il n’était pas le père que j’avais pensé qu’il allait devenir. Pendant ces trois années avant notre séparation, on était tout le temps en crise ou en train d’essayer de régler la crise… On a fait une thérapie de couple, mais on n’a pas réussi à surmonter nos problèmes. A certains moments, ça allait mieux : on a passé de très belles vacances, du coup on décidé de faire un deuxième. »

« Quand ça a marché, nos relations étaient à nouveau très dégradées. Je pense que Bastien croit que je suis restée avec lui uniquement pour faire ce deuxième bébé, mais pour moi ce n’était pas le cas. Evidemment, je voulais cet enfant, presque plus que le premier, mais je ne voulais pas être mère célibataire ! Quand j’ai eu le déclic qu’il fallait vraiment qu’on se sépare, j’étais déjà enceinte de quatre ou cinq mois. J’ai pris conscience qu’après ces années de crise en continu depuis trois ans, je n’envisageais plus mon avenir comme ça. »

« Mon corps a dit : maintenant, ça suffit ! »

Julia : « On venait de passer des vacances ensemble pendant lesquelles Bastien était triste tout le temps. Je n’arrivais pas à lui parler et puis j’avais développé une sorte d’aversion corporelle pour lui. Je n’avais pas réalisé de moi-même que je ne l’aimais plus et c’était la façon qu’a eue mon corps de dire « ça suffit maintenant ». C’est devenu pire avec la grossesse, mais ça avait commencé avant. On était tellement malheureux que je ne me voyais pas avoir un bébé dans ces conditions-là. Ce n’était pas la première fois qu’on abordait le sujet de la séparation. Quand le sujet est à nouveau arrivé sur la table, lui voulait continuer, mais moi j’ai dit stop. Ça s’est imposé comme une évidence. Trop de malheur et plus d’espoir que ça cesse. »

« On s’est séparé à l’été. Au début, on s’est dit qu’on allait vivre en collocation. On avait notre fille, qui avait trois ans et demi, et ce bébé qui s’annonçait, qu’on allait devoir gérer à deux. On a cherché un appart plus grand, pour qu’on puisse avoir tous les deux notre chambre et qu’on puisse s’occuper des enfants ensemble, au moins la première année de vie du bébé. On a emménagé ensemble, c’était évidemment très bizarre, un peu déprimant, mais pas trop conflictuel. Sauf que Bastien a rencontré très rapidement une nouvelle copine avec laquelle il est toujours. Il ne passait pas beaucoup de temps avec nous. Il disait que ça le rendait malheureux ; en tout cas, ça l’affectait plus que moi. De mon côté, j’ai été très triste au moment de la séparation, j’ai pas mal pleuré, mais sans jamais regretter ma décision. »

« Une garde alternée progressive pour le bébé »

Julia : « En février 2018, notre deuxième fille est née. Bastien venait de temps en temps s’occuper de notre aînée, l’amenait et la ramenait de l’école, mais à ce moment-là, il estimait ne pas avoir un appart assez grand pour la prendre à dormir. A bout de quelques mois, lui et sa copine ont trouvé la solution de la faire dormir chez ses parents à elle. J’aurais plutôt choisi de mettre un matelas par terre dans le salon que de lui imposer encore un dépaysement et des personnes nouvelles, mais ce n’était pas mon choix. »

« On a commencé avec une garde alternée pour l’aînée à la rentrée 2018, au moment où son père a récupéré ses affaires et déménagé complètement. Un mois après, on a mis en place une garde alternée très progressive pour le bébé, qui avait sept mois. Bastien voulait faire du 50-50 tout de suite, mais moi j’étais sceptique par rapport à cette solution avec un si petit bébé, que j’allaitais toujours. Finalement, on est à 50-50 (2 jours/2 jours/3 jours) depuis pâques 2019, maintenant qu’elle a 15 mois. »

« Avoir une colloc’, ça m’a sauvée »

Julia : « En parallèle, j’ai une amie, la marraine de ma fille aînée, qui est venue vivre en collocation avec moi. Elle vient de passer six mois ici, avant de partir six mois à l’étranger. Elle me laisse ses affaires pendant ce temps. C’était super d’avoir une colloc’, ça m’a un peu sauvée. Quand elle est partie, je me suis rendu compte à quel point le fait d’avoir les filles seule était lourd. C’est à ce moment-là que j’ai proposé à Bastien de passer à 50-50. Parce que ça se passe bien et parce que j’ai besoin d’avoir du repos. Notre bébé a l’air de le vivre très bien, même si elle ne peut pas verbaliser. Elle est super joyeuse et je ne vois pas de changement dans son comportement. Quand elle va mal, il y a toujours une raison, une dent ou autre chose. Avec l’aînée, c’est un peu plus compliqué : à chaque fois que je la récupère, elle me demande combien de nuits elle va rester. Si je réponds deux, elle me dit « oh non, trois… » Mais je n’ai pas l’impression que c’est une grande tristesse pour elle. »

« Ça ne fait que quelques semaines que je me retrouve vraiment seule et ça me fait un peu bizarre. Il faut que je m’organise des activités, des choses à faire… Avec Bastien, la relation est apaisée, on peut sans problème échanger des jours si l’un de nous reçoit une visite ou parler de la gestion de l’école. Ça devient un peu plus crispé quand ça touche à des sujets personnels ou au passé. En avril, notre aînée était en vacances avec son père pour son anniversaire. J’avais proposé à Bastien qu’on le fête tous ensemble ou, s’il ne voulait pas, que je l’emmène manger une glace. Il ne voulait ni l’un ni l’autre : il m’a dit que ça lui faisait trop mal de me voir. Ça fait un an et demi qu’il a une nouvelle compagne, on pourrait penser qu’il va mieux, mais j’ai l’impression que j’ai plus fait le deuil que lui. Je ne pense plus à nous, je suis même super contente de m’être séparée, je me redécouvre une vie ! Je n’ai plus des sentiments aussi plats qu’avant la séparation. J’ai des intérêts, des émotions, dans ma vie intime et dans ma vie professionnelle ! »

Boulot et immo, « des sources de conflits »

Julia : « Au moment de la séparation, j’ai eu très envie de rentrer en Allemagne, mais je ne me voyais pas enlever notre fille aînée à son père, je ne sais même pas si légalement j’aurais pu le faire. Et déménager sans les enfants, c’était hors de question. Avant la séparation, j’avais déjà un peu le mal du pays, et après, je n’allais pas super bien, mais il se trouve qu’avant notre rupture, on s’était engagé dans un projet immobilier avec d’autres familles. Ce projet m’a donné l’impression que je pourrais me construire un chez-moi ici. Ça a été une petite source de conflit avec Bastien : pendant la transition, on s’est dit qu’on allait rester ensemble dans ce projet, avec deux apparts l’un au-dessus de l’autre, les chambres des filles communicantes, avec entrée des deux côtés. Mais sous la pression de sa compagne, il a finalement décidé de se retirer. Au départ, j’étais vraiment fâchée, parce que je ne savais pas comment j’allais financer ma part seule. Mais je crois aujourd’hui que c’était une bonne décision. Grâce à mes parents, qui prennent un crédit à ma place en Allemagne, je peux rester dans ce projet. »

« Côté professionnel, j’étais au chômage depuis le début de ma deuxième grossesse. Ça avait déjà été une source de conflit avec Bastien, quand l’aînée était toute petite et que je ne travaillais pas. Il gagnait assez pour nous deux, mais le poids était sur ses seules épaules, ce qui l’inquiétait beaucoup. Je pense qu’il trouvait que je ne faisais pas assez pour trouver du travail… A la fin de ma deuxième grossesse, on m’a contacté pour donner des cours d’allemand. Ma mère est prof, mon frère est prof, ma grand-mère était prof, je n’avais pas vraiment envie de devenir prof ! Finalement, ça m’a beaucoup plu et j’ai continué. Je me suis découvert une vocation… héréditaire, il faut croire [rires]. Mon projet est de travailler dans la région. Je pense que c’est important, sur le principe, que mes enfants continuent à vivre avec leurs deux parents et, dans la pratique, de pouvoir me reposer pour être une bonne mère. Je ne pourrais pas assurer toute seule aussi bien que je le voudrais. Je les ai eues beaucoup à la rentrée, quand j’ai commencé ce nouveau poste et que les enfants étaient la plupart du temps chez moi : c’était ultra-fatiguant. Même quand je les ai une semaine pendant les vacances, je deviens moins indulgente, impatiente, une mère que je ne veux pas être ! Cette garde alternée est un mode de vie très agréable, on a les avantages et les inconvénients d’être avec ou sans enfants, mais la moitié du temps. Ça permet de se ressourcer… »

« Je suis très contente que sa nouvelle compagne s’implique »

Julia : « On en a pour 15-20 ans de co-éducation. On ne sait pas ce qui peut se passer, Bastien pourrait déménager, je pourrais rencontrer quelqu’un… Mais le but est de rester à proximité, à 50-50. Bien sûr, j’ai un peu peur de ne pas réussir à construire avec mes filles une relation aussi bonne que si je les voyais tout le temps, mais je me dis que tant que je reste en dialogue avec elles, ça devrait aller. Au début, ça me mettait un peu mal à l’aise qu’elles passent du temps avec une autre femme. Maintenant, je suis plus détendue. J’ai demandé à rencontrer la compagne de Bastien avant qu’elle voie les filles et je l’ai trouvée sympa. Je sais que sur la nourriture ou les goûts vestimentaires, elle n’a pas les mêmes valeurs que moi, mais ce ne sont pas des choses essentielles à l’éducation. »

« Ma fille me parle d’elle en bien : je suis très contente qu’elle s’implique, qu’elle aille la chercher à l’école. Parce que si Bastien s’était retrouvé seul avec les filles, je pense que ça aurait été beaucoup plus compliqué pour lui. Ce qui m’inquiète, c’est qu’ils puissent se séparer. Il n’y a pas que sa compagne qui soit devenue importante pour les filles, mais aussi ses parents, et je sais qu’ils font énormément de choses avec ses amies à elle. »

« Une redécouverte professionnelle, amoureuse et personnelle »

Julia : « De mon côté, j’ai commencé à me mettre sur des sites comme Tinder, j’ai fait quelques rencontres, des hommes sympas sans plus et un autre avec qui j’ai super accroché. Mais, officiellement, je suis toujours célibataire. En ce moment, ça me fait vraiment plaisir de découvrir différents types de relations, sans être dans LA relation « à vie », monogame [rires]. Ces derniers mois, avec ma colloc’, chacune de notre côté, on a vécu notre seconde puberté : le soir, on se racontait nos aventures, nos inquiétudes, c’était super ! Je suis dans cette redécouverte amoureuse, je n’aurais pas envie d’une relation comme Bastien et sa copine. J’ai aussi envie de profiter de ce moment de découverte professionnelle et personnelle. J’ai longtemps habité dans des collocs, puis en couple, mais jamais seule. C’est nouveau pour moi et je trouve que c’est une très belle occasion de me rencontrer moi-même. »

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