Celles qui partent #3 – Margot : « Ses potes passaient toujours avant ses enfants et moi »


Celles qui partent / mercredi, avril 10th, 2019

Episode #3 de la série « Celles qui partent », le témoignage de Margot, 37 ans, séparée depuis un an, mère de deux enfants de 7 et 4 ans, dont elle s’occupe à temps plein. C’est après neuf ans aux côtés d’un homme instable, incapable de trouver son équilibre aux côtés de la famille qu’il construisait, que Margot a trouvé la force de partir. Elle l’a fait alors que le couple et ses enfants vivaient à des milliers de kilomètres de France, en expatriation.

Comme celui d’Anna ou de Léonie, le prénom de Margot et de son ex-compagnon ont été changés, leur anonymat préservé au maximum. Si vous reconnaissez leur histoire, merci de rester discret.e en commentaire, ici ou sur les réseaux sociaux. Ce qui doit nous rassembler, nous nourrir, n’est pas l’expérience d’une femme en particulier, mais les similitudes entre nos histoires, les solutions trouvées, le mieux-être ressenti, etc. Néanmoins, n’hésitez pas à partager vos expériences en commentaires, à faire circuler ces billets, pour faire vivre la série et l’étoffer toujours un peu plus.

Margot : « J’ai rencontré Julien dans un bar. J’avais 27 ans, lui 30 ans. A cette soirée un peu arrosée, il m’a plu, il était joli garçon, souriant… Je bossais déjà depuis un certain temps, je sortais d’une longue histoire, j’étais en coloc et lui aussi. On s’est embrassé. Ce qui m’a plu chez lui : son côté oiseau de nuit, sa grosse bande de potes hyper sympa, hyper accueillants, avec lesquels je me suis tout de suite sentie très à l’aise. Mon ancien mec était tout l’inverse. Julien avait beaucoup voyagé, il adorait sortir… Un peu trop, mais à l’époque, ça m’allait. On n’avait pas d’enfants, je gagnais correctement ma vie, tout allait bien. »

« L’impression que sa vie allait s’arrêter à la naissance de notre fille »

Margot : « On s’est installés ensemble un an après notre rencontre et, vers 29 ans, la question des enfants a commencé à me titiller. Ça se passait bien, lui en voulait aussi, mais ça ne s’est pas passé comme prévu. On s’est rendu compte qu’on n’en aurait pas naturellement : le premier couperet, qui a vachement fragilisé Julien parce que c’était lui qui avait des problèmes, sans doute à cause de sa mauvaise hygiène de vie. J’ai tenu le projet à deux mains parce que c’était une vraie volonté commune. J’ai pris sur moi de palier au fait qu’il était hyper mal. J’ai fait les traitements, pendant lesquels il n’était pas très présent, et ça a marché dès la première FIV. »

« Pendant la grossesse, il a fait une espèce d’angoisse du futur papa. Il avait l’impression que sa vie allait s’arrêter à la naissance de notre fille. A sept mois de grossesse, je devais rester allongée quatre heures dans la journée, ne rien porter. Il n’a pas du tout été là. C’était mon fardeau. Les fois où je sortais avec lui, il ne rentrait jamais avec moi. »

« J’ai eu un accouchement hyper compliqué, très long, qu’il a subi lui aussi. Il s’est bloqué le dos. Le lendemain de mon accouchement, il était aux urgences et quand il venait me voir, c’était lui qui s’allongeait sur le lit, alors que j’avais fait une hémorragie de la délivrance, que j’avais été transfusée deux fois… Je suis restée cinq jours à la maternité, pendant lesquels il a eu ses moments à lui. Il n’était pas là tous les jours à me tenir la main sur mon lit d’hôpital ! A mon retour, c’était la fin du monde pour lui. Sur le coup, je n’ai pas vraiment réagi : j’avais la culpabilité de me dire qu’il ne pourrait plus vivre sa vie comme il voulait. Comme il s’était bloqué le dos, il n’avait rien pu faire dans l’appartement. Le lendemain, soir du Réveillon, il est sorti avec ses amis et je suis restée seule avec mon bébé qui se réveillait toutes les 3-4 heures. Pour moi, c’était un bonheur d’avoir ce changement de vie, alors que pour lui, c’était une frustration. »

« J’assurais 80% de la gestion des enfants »

Margot : « J’ai été souvent blessée par ses absences pendant ma grossesse et après, à encaisser les lendemains de fête où il n’était bon à rien. Mais je suis très maternelle, j’adorais m’occuper de ma fille et ce congé mat’, c’était un moment extraordinaire pour moi qui avait bossé en non-stop pendant dix ans. C’était la première fois que je pouvais me poser : ça a été une période où j’étais très bien. Les problèmes se sont imposés à nous quand j’ai repris le boulot et qu’il a fallu qu’il assure lui aussi. Avant de tomber enceinte, je venais de changer de poste, j’étais cheffe de mon service et je ne faisais pas 35 heures. Il a fallu que je m’organise avec la crèche, la nounou… J’assurais 80% de la dépose et de la récupération de la petite, alors qu’on avait le même type de responsabilités dans nos boulots respectifs. J’ai laissé faire et ça m’a été reproché dans mon travail. »

« Quand notre fille a eu deux ans, j’ai voulu un deuxième enfant. Lui non plus ne voulait pas d’un enfant unique. Ce deuxième, c’était peut-être un bébé de sauvetage… Je ne me souviens pas vraiment de nos motivations. Plein de gens m’ont prévenu, m’ont encouragé à quitter Julien, même pendant ma première grossesse, mais moi – paramètre important – j’étais folle amoureuse de lui, quasiment jusqu’à la fin de notre histoire ! Je lui ai toujours trouvé des circonstances atténuantes. Ma famille à moi est très classique, mes parents sont toujours ensemble après 40 ans de mariage, ils sont actifs, font des voyages… A nous cinq, avec mes parents et mes frère et sœur, on se suffit à nous-mêmes. Lui, ses parents se sont séparés quand il avait deux ans, sa mère est complètement à l’ouest, son père a été violent physiquement et verbalement avec ses trois fils. Ayant eu un papa profondément dépressif pendant mon enfance, j’ai probablement développé une âme de sauveuse : je n’ai pas rencontré Julien par hasard. Aujourd’hui, je sais que je ne sauverai plus personne. Je l’ai toujours excusé, auprès de ma famille, de mes amis qui, au bout d’un moment, ont laissé tomber. Au final, je ne mêlais plus mon mec à mes amis, ce qui pouvait être problématique sur des initiatives de vacances, de dîners… Il faisait ses trucs de son côté, moi du mien. Quand notre fils est né, on sortait chacun son tour. Quand on avait une soirée commune, je lui proposais qu’on se fasse un resto tous les deux avant, mais il se dépêchait d’avaler son dîner pour pouvoir rejoindre les autres, parce que « on ne savait jamais ce qu’on pouvait louper »… »

« Je me faisais maltraiter au boulot et dans mon couple »

Margot : « A la naissance de notre fils, il a refait des épisodes d’absence, en semaine. Le matin, il fallait que j’amène l’un à la crèche, l’autre à l’école et être au boulot tôt pour pouvoir partir tôt et aller les chercher avant la fermeture à 18 heures. Je me suis retrouvée à ne plus déjeuner à midi pour assurer le taf et pallier ses absences. J’ai fait ça pendant deux ans. Quand mon fils avait six mois, Julien a disparu pendant 48 heures et moi, j’étais toujours la nana relou, qui le harcelait sur son téléphone. En plus, au retour de mon second congé mat’, je subissais du harcèlement moral au boulot, on m’avait « volé » mon poste. Je n’avais plus personne sous ma responsabilité. Je me suis retrouvée au placard, dans un bureau de six mètres carrés, en face de l’ancienne collègue qui m’avait piqué mon job. »

« En gros, je me faisais maltraiter au boulot et maltraiter d’une autre manière dans ma vie de couple. Je me laissais faire des deux côtés. Je suis responsable à 50% de ce qui m’est arrivée. Mais plus jamais, plus jamais, ni au travail, ni dans ma vie perso, personne ne refera ce genre de chose avec moi ! Dans cette période, Julien et moi, on s’est séparé pendant un mois. Un matin, avant d’emmener les enfants à l’école (ce que j’ai encore dû faire à sa place), il a pris un sac à dos et il s’est cassé en me disant « t’es chiante, tu veux plus de moi, t’es jamais souriante… » Le lendemain soir, il a voulu revenir. Je lui ai dit que c’était hors de question. Je ne l’ai laissé revenir qu’un mois plus tard, peut-être par facilité, par manque de solution… On a fait une séance avec une thérapeute de couple, qui m’a fait beaucoup de bien. J’ai été hyper froide, mais lui a fondu en larmes. Elle a pointé du doigt le fait que ce n’était pas moi qui avait des problèmes, mais que c’était lui. »

« Puis est venue, un an plus tard, la proposition d’expatriation. Je me suis dit « allons-y ! On a qu’une vie ! » Je trouvais cette expérience géniale et je me disais que c’était un bon test : est-ce que nos problèmes étaient contextuels ou est-ce que c’était autre chose ? Les préparations au départ ont été difficiles : on a tout laissé, le boulot, l’appart, les amis, la famille. Beaucoup de proches n’ont pas compris, ils ont eu peur pour moi. »

« A l’étranger, j’ai enfin pu me poser et réfléchir »

Margot : « J’ai arrêté de bosser et cette première année sur un autre continent s’est plutôt bien passée pour notre couple. Tout était nouveau, il fallait que tout roule, que ça soit bien pour les enfants. L’expatriation n’est pas la raison de notre rupture, mais elle m’a permis de me poser, de réfléchir. Dans les contraintes du quotidien, à Paris, je n’avais pas le temps de me poser des questions. Là-bas, je n’ai pas tout de suite compris ce qui m’arrivait : on était hyper bien installés, on faisait des super voyages, mais j’étais tout le temps déprimée. Jusque-là, je m’étais toujours débrouillée toute seule, financièrement et socialement, et là, on était un « couple d’expat’ ». A l’étranger, tout le monde est en famille et comme personne n’a ses proches, on se recrée des familles, ce qui est assez malsain. On n’était pas très bien accepté, on n’était pas marié, pas catho, mais on a quand même réussi à se faire quelques amis. »

« Ce qui ne m’a pas empêchée de comprendre très vite que femme d’expat’, c’est pourri ! Ton mec bosse tout le temps, il est en déplacement, et toi tu restes là, dans une ville compliquée, dont tu n’as pas tous les codes, même après deux ans sur place. Et puis ton mec te reproche de ne pas savoir bien gérer la maid et le chauffeur, parce que j’étais soit disant trop gentille, que j’éduquais mal les enfants, que je ne tenais pas aussi bien la maison que telle ou telle autre nana… A la fin de la première année, c’est reparti en live. Julien s’était fait une nouvelle bande de potes avec lesquels il sortait après les dîners guindés que je me tapais. Lui faisait les after, moi je n’y allais pas, parce qu’il y avait les enfants à gérer le lendemain et puis que se réveiller avec 15 grammes d’alcool dans le sang dans un pays où il fait 45°, je ne trouvais pas ça très cool ! J’étais hyper malheureuse. Il m’a même reproché de ne pas m’inscrire à des cours d’anglais, de ne pas profiter de ces années pour apprendre des choses. Il m’a dit : pourquoi tu ne bosses pas à l’ambassade ? Mais pour faire quoi, du tri de paperasse ?! Il ne comprenait pas que mon malaise n’avait rien à voir avec ce temps de respiration professionnelle, mais était dû au contexte global de notre départ et de notre couple. »

« Pressée, j’ai mis la bague et j’ai dit oui »

Margot : « L’été, je suis rentrée de mi-juin à fin août. J’ai habité chez mes parents, avec les enfants, à Paris, dans un appart pas fait pour ça. Lui est arrivé mi-juillet. Il ne nous avait pas vu depuis un mois, mais ça faisait tellement de temps qu’il n’avait pas vu ses potes qu’il n’est réapparu que deux jours plus tard. Il n’est même pas venu déposer une valise, rien. La blague, c’est que je l’ai croisé dans Paris alors que j’étais à un apéro avec mes potes. Je savais qu’il était là et je laissais faire, sinon j’aurais eu des reproches tout le temps. Sauf que ce jour-là, c’était mon anniversaire. Il a donc débarqué, vu les enfants, mais il était hyper stressé, nerveux. On devait sortir et ma mère devait prendre le relais, mais elle était en retard, ce qui l’a rendu dingue. J’avais donné  rendez-vous à mes amis pour mon anniversaire, mais lui a voulu qu’on aille dans un autre bar, celui où on s’était rencontré. »

« Et là, il m’a demandé en mariage, alors qu’on n’en avait jamais parlé ensemble. J’étais tellement pressée, avec mes potes qui m’envoyaient des tas de textos, que j’ai mis la bague, j’ai dit oui et on s’est barré. Ce même soir, le soir de mon anniversaire, le soir où il venait de me demander en mariage, je me suis dis « il va peut-être faire un effort ». Et non, il a préféré aller faire la fête de son côté. Je me suis retrouvée, après quelques verres, avec mes copines, la bague au doigt, à les écouter me parler de témoins, de robe, de lieu où organiser le mariage. Panique à bord ! Je me suis bourrée la gueule comme jamais et j’ai roulé des pelles à un mec de 25 ans ! Et je me suis rendu compte que c’était hors de question qu’on se marie. D’autant que mon mec n’est rentré que deux jours plus tard, me laissant seule chez mes parents avec nos gosses. Je l’ai pourri par texto, j’avais remis ma bague dans sa boîte. Je ne l’assumais pas et je n’avais pas envie d’expliquer quoi que ce soit à mes parents. »

« J’ai commencé à voir un psy, à prendre des cachets »

Margot : « Surtout, sa disparition a été ma période de réflexion. Je ne voulais pas de ce mariage. A son retour, je lui ai dit non et lui ai rendu sa bague. On partait en vacances en road trip pendant une semaine en s’arrêtant tous les soirs chez des amis à lui… jusqu’à chez sa mère ! Il ne m’a pas adressé la parole pendant une semaine, sauf devant les amis à qui il ne fallait rien dire. Dans la voiture, c’était moi qui conduisait parce que lui « ne conduit pas » et moi encore qui gérait les enfants à l’arrière. Quand je lui demandais le chemin, il avait le casque sur les oreilles et me disait « je m’en fous, c’est ton problème ». La semaine chez ma belle-mère, je n’arrivais plus à bouger. Je n’avais pas mes amis, j’étais avec cette femme que je déteste, qui collait mes enfants devant la télé, et mon mec qui passait ses journées à dormir et qui ne voulait rien faire. J’appelais mes copines en pleurs en bas de l’immeuble. Et elles me disaient « rentre, laisse-le avec sa mère », mais je n’y arrivais pas. Il aurait fallu qu’on vienne me chercher. L’horreur absolue. »

« L’été s’est fini et il est reparti. J’ai suivi. On n’avait pas parlé de séparation, c’était juste une période où on ne se parlait pas. Sa demande en mariage, c’était parce qu’il voulait me considérer comme un acquis, or pour moi, rien n’était réglé. Et sa demande était hyper perso, hyper égoïste. Il ne m’a jamais demandé comment je me sentais, comment j’allais dans cette nouvelle vie, alors qu’on avait passé plusieurs vacances pourries, qu’on ne couchait ensemble que quand il était bourré, que moi je n’avais plus envie de lui… Il commençait à me dégoûter. Du coup, ça a été six mois d’enfer. J’ai commencé à voir un psy, à prendre des cachets. J’étais en train de tomber très bas. J’ai perdu du poids, je ne mangeais plus. Heureusement, j’avais une bonne copine là-bas, qui a été une bonne confidente. A la Toussaint, on est parti dix jours avec les enfants. Sauf qu’au lieu de bosser sur les horaires de sieste, il bossait toutes les matinées, donc j’étais toute seule avec les enfants. Un soir, il a voulu qu’on couche ensemble, mais je n’avais pas envie. Il m’a dit qu’il allait se casser, je lui ai répondu que c’était hors de question qu’il nous lâche dans le trou du cul de ce pays. Il est resté. »

« Pour eux, ça ne change pas grand-chose, avec ou sans papa »

Margot : « A mon retour en France, à Noël, j’ai tout raconté à mes amies. Je n’en pouvais plus. Avec ma mère et les enfants, on devait emmener sa mère et son frère à lui dans notre maison de campagne en voiture et Julien devait nous rejoindre en train le même jour, celui de l’anniversaire de sa fille. Pendant le trajet, il m’a appelée pour me dire qu’un de ses potes était là et me demander si ça m’ennuyait qu’il arrive le lendemain. Je suis sortie de table et je lui ai hurlé « jamais de la vie ! Tu prends le train de telle heure ! Je me tape les gosses et ta mère pour que tu puisses profiter de ta soirée ?! C’est hors de question ». Il m’a raccroché au nez. Il a fini par débarquer en faisant une gueule de cents pieds de long. La punition, en mode descente de coke. Il a loupé le goûter d’anniversaire de sa fille de six ans. C’était tellement énorme. Encore une fois, je devais l’excuser auprès de ma famille, encaisser pour lui, auprès de mes parents, auprès des enfants. On a fêté Nouvel An séparés. Il est reparti et moi aussi. Quand on s’est retrouvé, je lui ai dit que c’était fini. « Tu vois la chambre du bas, c’est ta nouvelle chambre. » »

« Je suis rentrée définitivement six mois plus tard, à la fin de l’année scolaire. Depuis, j’habite à Paris avec les enfants, lui est toujours à l’étranger. Pour l’instant, on a fait une simple déclaration de séparation. Il était sensé rentrer en France en septembre, mais il a prolongé son contrat d’un an. Pour les enfants, le retour a été un peu difficile les premiers mois. Ils vont mieux, mais je sens une espèce de colère en eux. Pendant deux ans là-bas, on était quasiment que tous les trois. Finalement, pour eux, ça ne change pas grand-chose, avec ou sans papa. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *