Celles qui partent #2 – Léonie : « Coupable d’être tombée amoureuse »


Celles qui partent / lundi, mars 11th, 2019

Episode #2 de la série « Celles qui partent », le témoignage de Léonie, 46 ans, séparée depuis près de 10 ans, mère d’une adolescente en garde alternée. En couple à 18 ans, mariés et parents à 30 ans, Léonie et son ex-mari avaient tout du couple sans histoire, bien inséré dans un cercle familial et amical dense. Un séjour à l’étranger et les difficultés de communication du couple plongent progressivement Léonie dans la solitude et la dépression. Puisant en elle-même la force de faire sauter le cadre, Léonie enchaîne dans la douleur les étapes qui la conduisent à la découverte d’elle-même.

Comme celui d’Anna, le prénom de Léonie a été changé, son anonymat préservé au maximum. Si vous reconnaissez son histoire, merci de rester discret.e en commentaire, ici ou sur les réseaux sociaux. Ce qui doit nous rassembler, nous nourrir, n’est pas l’expérience d’une femme en particulier, mais les similitudes entre nos histoires, les solutions trouvées, le mieux-être ressenti, etc. Néanmoins, n’hésitez pas à partager vos expériences en commentaires, à faire circuler ces billets, pour faire vivre la série et l’étoffer toujours un peu plus.

« Mon premier amour »

Léonie : « J’ai rencontré mon mari assez jeune, à 18 ans. C’était mon premier amour. Pendant nos années d’études, on se voyait tous les week-ends, chez nos parents respectifs ou dans ses activités sportives où je l’accompagnais. Je voyais peu mes copines, mais ça ne me posait pas de problème, j’étais très amoureuse. Les années ont passé et on s’est finalement installé ensemble pour se voir un peu plus, pour concrétiser notre histoire. C’était lui et moi, moi et lui : je n’ai aucun regret, aucun mauvais souvenir, c’était simple et fluide, il n’y avait pas de souci. »

« J’ai commencé à travailler beaucoup, le soir, le week-end ; je me suis donnée dans un premier boulot que j’aimais beaucoup. Rapidement, il y a eu des éclats de voix entre nous et le sentiment, déjà, d’être un vieux couple. Boulot, vacances, voir les parents le week-end… A cette époque, je n’étais pas très bien dans ma peau, pas très féminine, plutôt discrète, ne m’assumant pas forcément. De temps en temps, il y avait des crises, j’étais tentée par d’autres hommes, avec qui je rigolais beaucoup – j’avais le sentiment qu’avec mon mari je ne rigolais pas des masses -, mais je n’ai jamais eu l’envie de partir. »

« Dans une spirale de normalité »

Léonie : « Vers 30 ans, on était dans une spirale de normalité. Le mariage, les enfants, tout le monde attendait ça de nous. Des copains se mariaient autour de nous, on a décidé de sauter le pas. Même si je n’avais pas envie d’une grosse fête, ça s’est imposé à nous. Après des préparatifs pendant des mois, le jour du mariage, j’ai passé la journée à courir en cuisine, auprès des musiciens, à parler avec tout le monde. Je n’étais pas émue. Tout le monde a aimé… sauf moi ! La vie a repris, tout allait bien, mais parfois je pleurais sans comprendre pourquoi. J’étais « heureuse » dans ma vie, mais c’était pas le bonheur… »

« Un jour, on a eu l’opportunité de partir aux Etats-Unis par le travail de mon mari. J’ai sauté de joie, j’étais sur un petit nuage, enfin on allait quitter cette vie ! J’étais à la fois triste de quitter ma famille, mais trop contente de cette ouverture ! Sur place, avec l’accord de mon mari, j’ai pris un an pour ne rien faire, c’est terrible mais j’avais besoin de souffler. Je suis partie à la découverte de l’endroit où on était. C’est là qu’il y a eu une cassure avec ma vie d’avant : je me suis rendu compte que j’avais énormément de choses à découvrir, que j’avais envie de tout faire et que j’avais vraiment vu très peu de choses dans ma vie, où tout allait bien mais où j’étais refermée sur moi-même… »

« Sortir du carcan mis en place depuis notre naissance »

Léonie : « J’ai travaillé pendant 6 mois dans une association, j’ai échangé beaucoup, rencontré plein de gens. J’ai adoré sortir de ce carcan mis en place depuis notre naissance. Tout était remis à zéro, c’était à moi de tout faire, et ça m’a enthousiasmé ! J’ai eu peur au début, mais je me suis rendu compte que j’avais plus de force que je ne le pensais. Ces trois ans à l’étranger ont été une naissance pour moi en tant qu’individu. Je sortais de cette relation de couple exclusive, c’était plus « lui et moi », c’était moi toute seule… »

« Notre fille est née là-bas. J’avais toujours pensé que j’allais être épanouie en tant que femme enceinte et en tant que mère, que j’allais faire des confitures et du bricolage. Or, la grossesse et l’accouchement se sont mal passé, j’ai passé beaucoup de temps alitée. Ça a été une période très dure pendant laquelle on a eu les premiers gros problèmes dans notre couple. Je me sentais déchirée de la tête au pied… J’ai passé beaucoup de temps seule, à lire, à appeler mes amis, à regarder la télé. Une grosse période d’introspection et de pleurs. Je pense que j’ai commencé à faire une mini-dépression. Mon mari a été incroyable dans toutes les tâches quotidiennes, mais il a été incapable de m’aider à passer le cap, à trouver les mots. Quelque chose s’est cassé, j’ai pris conscience que je ne devais compter que sur moi-même. Ça a tout chamboulé. Je voyais peu de gens, je restais tout le temps à la maison, j’ai énormément grossi, j’étais au bout du rouleau. J’ai touché le fond. C’est terrible à dire : j’étais une mère comblée avec une fille adorable, mais je ne savais plus quel jour on était, je confondais tout, j’étais dans un espèce d’entre-deux mondes… »

« Je me suis enfermée sur moi-même »

Léonie : « J’essayais juste de tenir, mon mari le voyait, mais il n’arrivait plus à m’atteindre. Quand je pleurais, il me prenait dans ses bras ou il m’engueulait, en me disant « écoute t’as tout ce qui faut, t’as une fille, tu es pas obligée de travailler » et il se cassait en claquant la porte en me laissant encore plus désemparée. Je me suis enfermée sur moi-même, persuadée que c’était le seul moyen de m’en sortir. J’ai découvert que j’avais énormément de force en moi, que je ne savais pas forcément utiliser. A partir de là, j’ai commencé à me reconstruire, mais à côté de mon couple. Je n’avais plus du tout envie de parler à mon mari et c’était réciproque. On pleurait, on se parlait pas, on claquait les portes et chacun se retrouvait avec sa solitude. »

«  On a pris la décision de revenir en France. On est très proche de nos parents, nos familles nous manquaient… Notre retour a été très difficile. J’avais une petite fille d’un an, j’étais au chômage et j’ai eu beaucoup de mal à trouver un mode de garde et un emploi. Je me sentais tellement nulle, incapable de reprendre le même travail qu’avant, avec pas mal de responsabilités. Heureusement, mon mari gagnait bien sa vie. Je l’en remercie beaucoup, parce qu’il m’a toujours dit : « T’inquiète pas, tu n’as pas besoin de retrouver un emploi tout de suite, attends quelque chose qui te plait ». Il ne m’a jamais mis de pression par rapport à ça. Quand ça clashait entre nous, je me disais « attends mais tu trouveras jamais quelqu’un d’aussi gentil », c’était terrible… »

« Pas le courage de fuir ce quotidien »

Léonie : « On a eu du mal à s’adapter à la vie en France. On avait l’impression que tout le monde se mêlait de notre vie, que les gens étaient antipathiques, on se sentait agressé en permanence. Les gens n’avaient pas changé, alors que nous, on avait énormément changé, vécu des choses qu’on n’arrivait pas à expliquer. On était complètement en décalage avec l’extérieur et entre nous. On n’avait pas les mêmes besoins, les mêmes difficultés et on n’arrivait pas à se remonter le moral. On s’est encore plus éloigné à ce moment-là. J’ai commencé à me dire « mon Dieu, on va devoir vivre comme ça toute notre vie, c’est quand même triste ». Je l’ai pris comme un constat, en me disant que j’allais m’habituer, qu’on s’entendait quand même bien, que notre fille grandissait bien, que nos amis étaient là… Mais quelque chose était cassé et je n’avais pas réussi à le sortir. Je n’allais pas voir de psy, je n’en parlais pas à mes amies, j’avais trop peur de me rendre compte qu’il était temps de fuir, alors que je n’en avais pas du tout le courage ! Je ne savais pas où aller, je ne voyais pas d’avenir à part celui qui était mon quotidien. Donc je restais là dedans. Et un truc complètement fou m’est arrivé : je suis tombée amoureuse de quelqu’un. »

« J’avais trouvé un poste à mi-temps dans un endroit plutôt sympa. J’étais très contente de retrouver un emploi parce que j’étais de nouveau dans la vie active avec l’impression de valoir quelque chose, même si, quand je récupérais ma fille à midi, elle pleurait pendant deux heures, ce qui me faisait culpabiliser à mort… Elle hurlait, moi je pleurais en pensant que j’étais une mauvaise mère. Les deux pieds dans une spirale dont je n’essayais pas de sortir. Et puis je suis tombée amoureuse. Ce que je n’arrive toujours pas à m’expliquer, parce que je ne cherchais rien, je n’attendais rien ! »

« J’adorais être avec lui parce qu’on parlait d’autre chose »

Léonie : « Je le connaissais depuis pas mal d’années, il était marié évidemment, ça aurait été trop simple. On travaillait sur des projet ensemble, on s’entendait bien, on rigolait beaucoup. J’adorais être avec lui parce qu’on parlait d’autre chose. Lui-même s’entendait bien dans son couple, sans souci particulier, même s’il était lassé d’un certain nombre de choses. Un jour, je me suis dit « mais mon Dieu, qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi cette personne m’attire tout d’un coup, alors que ce n’était pas le cas pendant des années » ? De son côté, c’était pareil, mais je ne le savais évidemment pas. »

« J’essayais de me tenir éloignée, mais un jour, je me suis rendu compte que j’étais très jalouse quand il était avec quelqu’un d’autre. Je me suis dis que c’était du grand n’importe quoi, mais tout ce dont j’avais envie, c’était de profiter de ces quelques heures où on travaillait ensemble et où je me sentais bien. Je suis quelqu’un de très posé, j’ai besoin de conseils, je suis toujours dans le moule, pas chiante, je m’adapte, je suis gentille. Et là, du jour au lendemain, je n’ai pas réfléchi et je lui ai dit : « Ecoute, je ne comprends pas, je suis attirée par toi, quand on est ensemble je suis bien, je crois que je suis amoureuse ». C’était tellement spontané, tellement pas moi ! Et, ce à quoi je m’attendais encore moins, c’est qu’en face, il m’a dit la même chose : « Moi aussi je suis amoureux de toi ». »

« Je me trouvais dégueulasse de faire ça à mon mari »

Léonie : « Météorite, catastrophe, on est marié, on ne veut pas que ça nous arrive, c’est trop dur à gérer. On s’est pris dans les bras, tout est tombé, on a pris la vie comme elle était, sans se poser de questions… Au moins pendant quelques heures. On a essayé de ne pas se voir, mais on était très malheureux. Puis on s’est vu en se cachant, la journée, entre les pauses de midi. On parlait, on s’écrivait beaucoup, ça a été une libération pour moi, la seule façon de sortir tout ce qui était au fond de moi depuis des années. Lui écrivait peu, mais bien. On était sur une onde de bien-être, malgré la situation qui nous dépassait. La période suivante a été horrible, j’essayais de cacher tout ça, je me trouvais dégueulasse de faire ça à mon mari qui était quelqu’un de bien, agréable. »

« Je rentrais à la maison dans une ambiance chaleureuse, ma fille était là, on se retrouvait, on parlait de pas grand-chose, mais c’était apaisant. En moi, il y avait un tumulte dont je ne pouvais parler à personne. De temps en temps, je me retrouvais à faire ce truc complètement glauque qu’on voit dans les films : envoyer des SMS aux toilettes pour dire que je pensais à lui. Mon mari s’est rendu compte que je n’étais pas comme d’habitude, c’était pas compliqué. Je me mettais souvent en colère : il me faisait une remarque et j’avais l’impression que tout allait exploser en moi, alors je cassais des assiettes. Un jour, j’ai même explosé une brique de soupe dans toute la cuisine. Rage, colère, ça bouillait en moi, j’avais besoin de frapper, j’étais agressive dans ma façon de parler, dans mes gestes, je me mettais à pleurer d’un coup. Mon mari ne comprenait pas et m’engueulait et en me disant « tu pleures pour un rien ».

« Tu vas tout de suite le quitter »

Léonie : « Un jour il m’a dit : « on ne se supporte plus, si tu veux, on peut faire une pause ». Dans la foulée, bêtement, je lui ai tout avoué. Il m’a traité de tous les noms, m’a demandé depuis combien temps je le trompais, il a hurlé et s’est barré avec la voiture pendant toute la nuit. J’ai eu peur qu’il fasse un accident. Il est rentré, il m’a dit « tu te casses, demain tu prends ta valise et tu pars ». J’ai dit ok, en me demandant où j’allais aller. Le lendemain, il m’a prise dans ses bras et m’a dit « mais non, tu pars pas comme ça, ça va aller mieux, tu vas tout de suite le quitter, c’est une période difficile, tout va bien se passer ». J’avais tellement peur que j’ai accepté. Ça a duré deux ans, pendant lesquels je voyais encore l’autre personne par intermittence, où mon mari s’en rendait compte, me traitait de tous les noms… Deux années terribles, pendant lesquelles on a enfin réussi à parler, parfois des nuits entières, ce qu’on ne faisait jamais avant. »

« On essayait de réparer notre couple, même si, de mon côté, je me rendais bien compte qu’on ne pourrait jamais revenir en arrière, parce qu’entre mon mari et moi, il n’y avait jamais eu tout l’amour que je ressentais pour l’autre homme. Je l’aimais parce qu’avec lui la vie était simple, cool, pas désagréable, qu’il était un très bon père, mais qu’on n’avait pas assez d’amour l’un pour l’autre. On était arrivé à une relation de couple quelconque, y compris physiquement. On ne cherchait plus à aller l’un vers l’autre. J’avais beau lui expliquer tout ça, on n’arrivait pas à avancer. »

« Notre fille nous a tenus ensemble »

Léonie : « Cinq ou six fois, on s’est réveillé le matin en se disant « il faut qu’on se sépare ». On crevait de cette relation, ça m’arrivait de me recroqueviller dans le lit, de pleurer, d’avoir l’impression que la vie m’allait être ôtée. Surtout quand je n’avais plus de contact avec l’homme que j’aimais. On essayait de ne pas se parler, on avait tous les deux l’impression qu’on avait eu un coup de tonnerre dans nos vies et qu’il fallait maintenant qu’on « range nos vies », quitte à ne plus jamais se revoir. On se voyait de temps en temps pour le travail et, parfois, on s’envoyait un email pour prendre des nouvelles l’un de l’autre, parce qu’on savait qu’on souffrait, mais on se disait que chacun devait régler ses problèmes de couple de son côté. »

« Pendant ces deux années, parfois mon mari écoutait la voix de la raison, je me mettais à regarder des apparts, et puis lui revenait en disant « mais non, ne pars pas ». C’était très compliqué avec notre fille de quatre ans, dont on essayait qu’elle n’entende pas nos disputes, même si elle a tout compris, tout intériorisé. Tous les soirs, au moment du bisou, je me disais que je ne pouvais pas lui faire ça. Elle nous a soudés, tenus ensemble. Et puis, un jour, j’ai visité une petite maison de type alsacien, toute retapée. Tout de suite, j’ai compris que là, j’allais être bien. Elle n’était pas grande, une chambre pour ma fille et un salon avec un renfoncement sous les poutres où je me suis dit que j’allais mettre mon matelas. Je pouvais enfin partir. »

« Enfin l’impression que ma vie commençait »

Léonie : « Le soir-même, je l’ai annoncé à mon mari. Il m’a dit « ok, je pars une semaine avec notre fille, le temps de vider tes affaires et de t’installer ». Je n’ai rien dit à personne, je me suis mise en pilotage automatique, j’ai fait mes cartons, avec parfois des questions cons, du style « est-ce que tu lui laisses la râpe à fromage ? Les assiettes du mariage ? Les meubles, est-ce que je en prends ou est-ce que je repars à zéro » ? Je me suis fait mon petit cocon et, le premier soir où j’ai dormi chez moi, alors que je pensais que j’allais boire du vin toute la soirée en flippant sur ma vie et sur ce que je venais de faire, j’ai simplement ouvert la fenêtre, regardé les étoiles, respiré et j’ai enfin eu l’impression que ma vie commençait. »

« J’étais très émue. Je me suis trouvé un courage fou pendant toute cette période, et notamment quand j’ai parlé à ma fille en lui disant : « Papa et maman ne vont plus habiter ensemble, papa et toi, vous allez rester là et moi je vais habiter pas loin. Tu viendras une semaine sur deux dans ma nouvelle maison, avec un petit jardin, et puis ça ne changera rien, tu iras à la même école, tu auras les mêmes amis, la même famille ». Ma fille nous a regardé, elle m’a dit : « Il y a un jardin, mais c’est génial ! » Là j’ai eu beaucoup de joie, parce que je me suis dit « bon ben, elle a l’air d’être contente que j’aie une maison ». Son père, lui, tirait un peu la tronche en se disant qu’elle aurait plus envie d’aller chez moi que chez lui… »

« Beaucoup de changements d’un coup pour notre fille »

Léonie : « On a fait une garde alternée, 3-4 jours chez chacun, dès le départ. C’était assez fastidieux à organiser, mais une semaine sur deux, ça aurait fait trop long pour tout le monde. Je passais beaucoup de temps avec ma fille pour réussir à déceler comment elle allait. L’organisation logistique lui posait beaucoup de problème : elle rentrait au CP, mangeait à la cantine, allait au périscolaire, elle n’avait plus sa nounou, ça faisait beaucoup de changements d’un coup. »

« Avec mon ex-mari, on se voyait très peu. A ce moment-là, il a eu des soucis de santé, ce qui m’a fait beaucoup culpabiliser. Je prenais régulièrement de ses nouvelles et puis, un jour, il m’a demandé d’arrêter de l’appeler. « J’ai besoin d’avancer, de ne plus te voir. » J’ai compris qu’il avait raison, qu’on ne pouvait pas aller mieux en s’entraidant. J’avais cette habitude de m’occuper de lui mais je devais le laisser faire, il était grand, adulte. J’avais besoin de comprendre qu’il pouvait vivre sans moi. C’est con à dire, mais ça m’a pris du temps. J’avais pris l’habitude de vivre avec lui, je devais prendre l’habitude de vivre sans lui. Ça a pris bien cinq-six ans avant qu’on puisse se parler normalement. »

« Travailler sur moi pour accepter qu’il me déteste »

Léonie : « On a essayé une fois de déjeuner ensemble, mais j’ai pleuré tout le repas. Les premières années, quand je le voyais, j’étais très émue. Autant je ne ressentais plus aucune attirance physique pour lui, aucun regret par rapport à ce que j’avais fait, mais quand je le voyais, je me sentais face au passé, j’avais envie de le prendre dans mes bras, de sentir cette odeur qui faisait partie de ma vie. Je m’en voulais tellement de l’avoir fait souffrir… J’ai toujours peur que les gens soient déçus ou mécontents de moi. J’ai dû beaucoup travailler sur moi pour accepter qu’il me déteste. »

« Ma famille, très catholique, a été plutôt cool. Ma mère m’a dit « je ne te comprends pas, mais fais comme tu veux, de toute façon, je t’aime ». Son aide a été hyper importante. A ma grande surprise, c’est avec mon frère que ça s’est le plus mal passé. Il m’a gueulé dessus dehors, dans la rue, m’a traité de « salope », de traitresse… Je me suis rendu compte plus tard qu’il avait peur que ça lui arrive. J’ai eu beaucoup de mal à retisser des liens avec lui par la suite. Avec ma belle-famille, j’ai peu de contact, dont certains ont repris plusieurs années après, ce qui m’a fait beaucoup de bien. Quand on avait annoncé la séparation, j’étais passé pour un monstre, moi « si gentille ». Mes beaux-parents, eux, très croyants, m’ont complètement reniée. »

« J’ai renoncé à de l’argent auquel j’aurais eu droit »

Léonie : « Mon ex-mari aura toujours un statut à part dans ma vie. Mais maintenant, je suis assez forte pour lui dire non, alors que, dans les premières années de la séparation, je lui disais toujours oui, même quand il me demandait de participer injustement à des frais, alors qu’il gagnait beaucoup plus que moi. Pour la pension, il m’a donné le minimum et j’ai renoncé à de l’argent auquel j’aurais eu droit. Je lui ai pété toute sa vie du jour au lendemain, je n’avais pas envie qu’il me garde rancune en plus pour des questions d’argent. Je lui ai tout laissé, comme ça c’était clair et net. J’ai remis à plat mon mode de vie, identifié de quoi j’avais vraiment besoin et vécu sans faire d’excès. »

« Quand il y a des frais pour notre fille de 15 ans aujourd’hui, on en discute. J’en sors rarement gagnante et trouve ça parfois injuste quand il me dit « on fait moitié-moitié », alors que je sais qu’il gagne cinq fois plus que moi, mais je n’ai pas de colère. Quand ma fille a besoin d’habits, je ne lui dis pas « va voir avec papa ». Je lui achète ce dont elle a besoin et puis, la fois suivante, elle y va avec son père. Je ne veux pas que ça devienne compliqué pour elle. L’argent, c’est le seul point sur lequel il a encore un peu d’emprise sur moi. Je sais que c’est sa façon de me faire encore payer notre séparation. »

« Un soulagement qu’il retrouve quelqu’un »

Léonie : « Quelques temps après, on s’est retrouvé avec l’homme dont j’étais tombée amoureuse. Aujourd’hui, on a acheté une maison ensemble qu’il retape, il adore ça ! Mon ex-mari est avec quelqu’un depuis quatre-cinq ans environ. Pour moi, ça été un soulagement. Avant, je voyais qu’il n’était vraiment pas bien, ça me faisait souffrir de le voir encore porter notre histoire sur son dos. De mon côté, je savais ce que c’était que d’être vraiment aimée et j’avais envie que ça lui arrive aussi. »

« Grâce à cette nouvelle histoire, il a pu faire un peu le deuil de la nôtre ; ça lui permet de se focaliser sur autre chose, d’avoir ses propres problèmes de couple, d’avoir quelqu’un qui lui apporte ce que je ne lui ai pas apporté. Je pense qu’on est rentré dans une normalité, le temps a passé. Ça fait quand même huit-neuf ans qu’on est séparé, ce n’est plus à vif. Depuis quelques années, il ne me touche plus émotionnellement. »

« Au début, je me suis sentie coupable à 100%, même si je ne l’avais pas quitté pour quelqu’un d’autre. Depuis notre séjour à l’étranger, j’avais engagé un travail d’introspection, que j’ai continué au travers de toutes ces épreuves, de la dépression, des conflits dans mon mariage, quand je suis tombée amoureuse, pendant les deux ans d’enfer. Je me demande aujourd’hui comment j’ai fait pour tenir sans anti-dépresseurs, juste avec des fleurs de Bach, du yoga et de la méditation. Sur mon tapis, au cours de yoga, j’arrivais à me vider la tête, ça m’aidait à prendre des décisions. J’ai aussi fait beaucoup de balades et j’allais courir pour sortir ma colère… »

« J’ai acquis beaucoup de confiance en moi »

Léonie : « Je me suis appuyée sur des rencontres, sur des bouquins. J’ai appris à me délester, à vivre au jour le jour, à m’ouvrir à toutes les possibilités, j’ai acquis beaucoup de confiance en moi. J’ai fait attention à ne plus me renfermer ou me crisper. A partir de là, les choses se sont mises en place, j’ai rencontré les bonnes personnes, les bonnes opportunités. Aujourd’hui, je me sens bien avec moi-même, même si tout n’est pas parfait. Encore maintenant, je me sens coupable d’avoir rendu malheureux mon ex-mari, parce qu’il ne le méritait pas et parce que c’est quelqu’un de bien. Je me sens un peu coupable aussi vis à vis de ma fille, qui n’a plus une seule vie de famille, mais deux. »

« Elle s’en sort très bien, je suis fière d’elle et de la façon dont elle a acquis beaucoup de force. Je suis heureuse qu’on parle énormément. Le fait d’avoir vécu toutes les deux nous a rapprochées, ce qui va nous servir toute notre vie. Je ne crois pas que ça aurait été le cas si on avait continué à vivre ensemble avec son père. Je suis hyper reconnaissante d’avoir vécu tout ça. Si je n’avais pas traversé ces épreuves, je ne me sentirais pas aussi bien aujourd’hui. Ma mère me dit parfois que j’ai loupé mon mariage, que c’est un échec. Je n’ai jamais considéré cette histoire comme un échec. Au contraire, j’ai vraiment l’impression d’avoir gagné quelque chose. »

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